Journal de bord #13 : Les pieds sur terre

Terre à l’horizon!

Mardi 21 mai – JOUR 12. Le dernier jour de ce périple était le seul dont j’arrivais à me dépeindre une image…qui s’est avérée être très différente de la réalité.

Le mauvais temps a commencé à nous rattraper en fin de journée hier. Je m’attendais à naviguer à l’abri du vent, à travers des îlots tropicaux, découvrant les premières beautés de Tonga. Au lieu de quoi nous avons été retournés comme des crêpes toute la journée, outrepassant l’apéro sur le pont, les chips gardées pour le premier cri de « terre à l’horizon », la soupe avec les restes de poisson.

Une fois n’est pas coutume, notre écoutille était encore ouverte et la couche a reçu un nouveau seau d’eau, sans personne en dessous cette fois.

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Ce morceau de terre…c’est Tofua

Quant aux terres, on en a bien vu, mais de loin et dans le brouillard. Juste de quoi deviner des îlots plus ou moins larges, à l’exception de deux grandes îles sauvages et inhabitées, Tofua et Kao.

On a dépassé le groupe des Ha’apai, empruntant un passage qui semblait étroit sur la carte, mais qui ne nous a pas permis de voir plus que la découpe des arbres au loin.

Ross nous informe qu’à l’approche de Vava’u, le bateau navigue généralement dans un canal assez étroit avec la côte à l’est et des récifs à l’ouest. Mais la nuit est déjà tombée et le vent souffle de plus en plus fort. Ross ne s’y risque pas et préfère contourner les récifs par l’ouest. Une première tempête nous dépasse de peu, mais la seconde nous frappe par l’arrière. Pluie et éclairs sont au rendez-vous, de quoi finir en beauté!

L’arrivée nocturne

À minuit et demi, nous sommes de nouveau légèrement abrités par la côte d’une île à l’est. Mais nous devrions passer encore une zone de turbulence avant l’approche finale vers le port de Neiafu. D’après l’ordinateur en face de moi, nous serons en eaux calmes d’ici environ deux heures. Ensuite soit on ancre (si ce n’est pas trop profond), soit on tourne en rond pour le reste de la nuit avant d’appeler la douane le matin.

IMG_6145Dans quelques heures nous devrions reposer le pied à terre, après 12 jours de traversée, et une épopée plus que surprenante.

Ross m’appelle sur le pont pour me montrer la terre, toute proche! Une large masse sombre s’étend à l’est, on devine plusieurs criques. Le tout est touffu, couvert d’arbres. Un peu plus loin, les lumières de Vava’u apparaissent très nettement, semblant proches et lointaines à la fois. Finalement ce  n’est pas si mal d’avoir cette vision de nuit, plutôt que sous la grisaille et derrière le brouillard d’une tempête tropicale!

1h40. Nous sommes désormais à l’abri du mauvais temps. Nous naviguons entre une dizaine d’îlots, certains arborent des falaises abruptes, d’autres renferment des caves et des lagons. De nuit, c’est un décor très mystérieux. À l’ouest, on vient de dépasser les quelques lumières d’un des villages les plus reculés. Ross cherche un point d’ancrage pour la nuit.

Finalement nous accostons au port à 3h du matin. Nous n’avons donc pas vu les îlots alentour à la lumière du jour, mais sommes passés d’un océan mouvementé à un pied à terre, presque sans passer par la case « terre à l’horizon ». Tout le monde est allé se coucher après avoir hissé le drapeau du pays d’accueil et le drapeau jaune pour indiquer le statut de quarantaine.

Après une courte nuit, nous avons préparé et nettoyé le bateau pour le passage du personnel de douane, qui trouve le moyen de nous extorqu-euh…taxer quelques paquets de tabac, du matériel de plongée et les pneus qui nous on servis d’ancre de mer (qu’on va sûrement retrouver sur une jeep ici, bien qu’ils soient plus lisses qu’une patinoire). Enfin, l’agent du service santé vient faire son petit tour. Encore des papiers à remplir, des pots de vin, et nous voilà tamponnés pour un mois.

TONGA here we are!

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Merci d’avoir suivi cette aventure unique avec nous!

neverending sunset

Journal de bord #12 : Le vent, ça rend fou

Pas assez de vent, trop de vent…

IMG_6134Lundi 20 mai – JOUR 11. 2h. Je viens de terminer mon shift. Je passe aux toilettes avant d’aller me coucher. Avec la houle la porte se claque sur ma main, plus précisément l’annulaire, sur lequel trônait ma bague en os, cassée en deux. Dégoûtée, mais il faut bien avouer qu’elle a sauvé mon doigt en se brisant.

3h. Un seau d’eau salée me réveille brutalement. On a laissé notre écoutille ouverte et une vague vient de recouvrir l’avant du bateau. Je sursaute et me relève sur la couche, trempée. La drôlerie de la situation ne m’échappe pas, même si sur le moment je dois essorer vêtements et cheveux, éponger les draps. Heureusement l’eau n’est pas froide, mais je colle affreusement.

Première terre à l'horizon!
Première terre à l’horizon!

Le mercure grimpe ostensiblement. 31°, et une mer toujours calme. On devra peut-être rallonger notre ETA (estimated time of arrival) de deux jours si on manque d’essence on qu’on doit dépendre des voiles. Du coup S&S est chargé de faire un inventaire de la nourriture restante et de mettre en place des menus, rations obligent. On va aussi devoir faire attention à l’eau. La seconde réserve s’écoule à toute vitesse, il nous en reste tout juste une moitié.

On prend un peu de vitesse dans l’après-midi, sûrement grâce à un courant. Vers 17h on aperçoit un cargo à tribord, si énorme qu’on dirait une plateforme flottante. Même pas un quart d’heure plus tard, on distingue un tout petit morceau de terre à l’horizon, si effacé qu’on le prendrait pour un nuage. C’est Tongatapu, premier groupement d’îles de Tonga. En théorie, si le moteur ne nous fait pas défaut, on devrait mettre 24h à rallier Vava’u. Une fois la nuit tombée, on voit les lumières du phare de la capitale Nuku Alofa, d’où part notre vol dans un mois, jour pour jour.

Si même le matériel s’y met!

Je viens d’être interrompue par un « nervous breakdown » de l’autopilote. J’ai senti le vent tourner radicalement avant de comprendre que la barre était immobile et que le bateau tournait en rond. Je me suis précipitée pour redresser sur notre position de 20° mais Ross a déboulé aussi sec. Après m’avoir accusée à tort d’avoir déréglé quelque chose, il a compris que l’autopilote s’était désactivé tout seul, car le bateau n’avance pas assez vite.

Une semaine après la tempête, me revoilà harnachée sur le pont, bravant un vent de face à 30 nœuds et une houle de plus en plus sérieuse. Effectivement si l’autopilote repète un câble dans une météo pareille, rien de plus facile que de passer par dessus bord, où l’océan ne fera qu’une bouchée de moi! Normalement ça ne devrait pas se reproduire, car Ross a augmenté notre vitesse, du même coup consommant plus de notre précieux fuel. Décidément, le vent n’aura pas été notre allié dans cette aventure.

Steph vérifie l'hameçon
Steph vérifie l’hameçon
Encore une occasion de se retrouver à table
Encore une occasion de se retrouver à table

 

Inventaire la tête dans le frigo
Inventaire la tête dans le frigo
Vérification des chartes
Vérification des chartes

ENGLISH corner : read Stephane’s contribution

We can sense them – the islands – they’re close and we’ve battled too hard in too short a distance – implying that we are painfully behind schedule – to not feel the anticipation mount among the crew. And that’s what’s it has become, a crew. What used to be a well-oiled machine, is still a well-oiled machine but looks more like an ant colony now. We’ve gotten to know each other quite well and otherwise intimate details are now a secret to no one, like how you like your tea, coffee, or rum.

Earlier this morning, we made slow progress and hit nose winds of up to 30 knots. Same average speeds, yes, but not quite the right direction. Motion is not a worry usually, but the waves made my innards move up and down in the most unpleasant of ways. The decision to muster the will to crash in the galley that night was a serendipitous one, as we left the hatch open in our cabin allowing a wave to crash in and dump a bucket’s worth of seawater on Sandie during her unbothered slumber. Later, during her shift, she’d almost get her finger crushed by a slamming door. The mock engagement ring I had carved for her bore the grunt of the shock. We made 5 miles in four hours.

While we were still motoring and had far exceeded our predicted rate of fuel consumption, we made contingency plans and rationed whatever was left, just in case. We’re less than 36 hours from port and sailing could add 2 or 3 days to that count, I reminded myself we were already 2 or 3 days late. It’s life as usual on the sea, planning for the next thing, the next test. It’s been epic so far, still, all good things must come to an end.

As night fell we came in range of Duff Reef and Ha’atofu island and the lighthouse on Tongatapu moments later. Darren was the first to spot land – I thought I was, but it was a container ship. This merited another rum. Practically every day something had come up, but this was it. Now we can cruise alongside the Tonga archipelago.

Although this comes as great news, and another source of marvel, this discovery will make navigation more challenging. Out in the open ocean, we check the charts every day or so. Now we’re plotting every two hours and making adjustments to our course, avoiding reefs, currents and atolls. It’s no time to grow complacent, plus there is more adventure, we’re docking in Vava’u.

Journal de bord #11 : Dimanche c’est repos

Le repos des guerriers

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Délices et repos sur le pont

Dimanche 19 mai – JOUR 10. Le dimanche, on est off, non? Allez repos! On concocte un petit-déjeuner première classe, on discute sur le pont en prenant le soleil. Comment ça, c’est ce qu’on fait tous les jours depuis que l’océan est calme? On a bien fait, parce que quelque chose me dit que ça ne va pas durer! Pour le goûter on grignote des rondelles d’ananas en écoutant les Rolling Stones.

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Jack lantern

Si on a une mission à remplir aujourd’hui, elle est d’ordre culinaire. En effet, le moment est venu de se débarrasser de cette foutue citrouille, parce qu’il n’est pas question de la débarquer à Tonga (question d’honneur!). On la vide, on la cuisine, mais surtout on la grave pour en faire une lanterne. Éternel bricoleur, Darren nous confectionne même un système d’ignition. Nous sommes cependant obligés de repousser la mise à l’eau pour cause de vent trop fort. Oui parce que maintenant qu’on recommence à avoir du vent, il arrive d’en face, ce qui en plus de le rendre inexploitable, nous freine.

Pour le dîner, c’est Ross qui passe derrière les fourneaux, et il ne fait pas les choses à moitié! Filets de poisson fraîchement pêché et petits légumes au four sauce béchamel…tout y est!

Ce soir la cabine avant redevient un tape-cul, à tel point que Steph est allé dormir sur la banquette du salon.

Dans la rubrique bobos en vrac, je ne compte plus mes bleus. Par contre hier je me suis brûlé le poignet en cuisinant, et j’ai des mini coupures au niveau des orteils à cause du sel et l’humidité.

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If I told you the sunrise was radiant, the deep blue ocean mesmerizing and the food we cooked exquisite – ok, it wasn’t 5 stars, but when you’re on a boat, like camping, everything tastes so much better, like a 100% better – would I be rambling?

As I write my log everyday I realize nothing not much happens. We’re sailing, traveling. If you asked yourself every hour on a car ride to the mountains “oouuhh what’s happened since the last log?” chances are there wouldn’t be that much to say. Yet, life has slowed down since we boarded. By no means had we experienced a fast paced life prior to launching – quite the contrary, life was languid and lush and timed as we deemed. Our minds and souls have undeniably adapted and connected to a rhythm not of our crafting but determined by a force which is now bound to us – sounds cheesy right? The world is quiet, and my senses inversed, perception has changed. We’re not bored. Everyday is a featureless adventure.

We put the sail up for the first time in 3 or 4 days even though the wind is still on the nose. Wishful thinking? Perhaps. The seasonal winds shouldn’t be blowing this way, so they’re going to shift. Right? Just in case, we’ll pull her up, if at all, just for the exercise.

My 8 to 10 shift was during the party we hosted. Indeed, at times, when the world is not asleep we party. Remember how much Jack Sparrow liked rum? Well I like Jack Sparrow. In fact we all like Jack Sparrow.

Speaking of Jacks, Sandie, Darren and I have been working on a Jack lantern. It was a bet, so before you judge us for being reckless know that we didn’t set it off or ignite it, although we did try. My candlewick was a dud. We tried to make a sulfur soup out of the millions of matches we had stocked. No go. Darren wanted to cook up diesel to make a fire mix but conceded: “it’s probably not the best thing to do on a boat.” We stuck it to the stern of the vessel, facing out, as pirates would’ve done, and sailed on.

Since I don’t have anything better to tell about this grateful day, I’d add a poem from the book that I was reading at the time. I found it rather suiting for the experience at large that we were all living:

“Go as a pilgrim and seek out danger

Far from the comfort and well lit avenue of life

Pit your soul against the unknown

[…]

Only then will you be at peace with yourself

And be able to say

I looked down on the far side of the mountain

And fulfilled, and understanding all, and truly content

I lived a life that was my own”

Journal de bord #10 : Le mystérieux récif Minerva

Quelques rares rochers à la surface
Quelques rares rochers à la surface

Samedi 18 mai – JOUR 9. À 6h, l’excitation est palpable sur le bateau, à tel point que ça me réveille. Tous les hommes sont sur le pont pour le lever du soleil, nous sommes à deux heures du récif de corail Minerva. Ces deux zones uniques au monde ont un statut de légende dans le Pacifique. Ils peuvent être très difficiles à repérer, car aucune langue de terre ne les annonce, juste quelques rochers qui pointent à marée basse. À cinq milles de Minerva Sud, on sort les jumelles. On peut tout juste distinguer la chevelure des vagues qui cassent sur le récif à l’horizon. Elles forment une barrière qui s’étend à vue d’œil, impressionnante. En se rapprochant, on aperçoit 4 mâts à l’horizon. Les vagues se font de plus en plus grosses créant ça et là des petits geysers en cassant sur le reef.

Minerva Sud a la forme d’un 8. Seule la boucle du haut possède un passage qui permet aux bateaux d’ancrer à l’abri. On distingue un cinquième mât beaucoup plus épais. Ross nous explique que c’est un phare. Il a dû être installé récemment. Le dernier a été détruit par Fidji suite à conflit sur les droits de propriété de Minerva. Finalement, il semblerait que la partie sud appartienne à Fidji, et la partie nord à Tonga. Mais tout cela est flou et nous sommes avant tout en eaux internationales.

La boucle du sud et le cercle du nord
La boucle sud et le cercle nord

On contourne le récif sud et on continue notre route vers la partie nord, car le soleil est dans notre trajectoire pour accoster, rendant les manœuvres en eau peu profonde délicates. En effet la profondeur, qui était de 18 mètres aux abords du récif, rechute dramatiquement au-delà de 100 mètres en quelques secondes : Minerva est issu d’une éruption volcanique.

Vers midi, on commence à apercevoir les vagues qui découpent parfaitement le récif de Minerva Nord. Ça a beau être le deuxième en 4h, c’est toujours aussi impressionnant. En s’approchant, les fonds remontent à 25 mètres, et on distingue un drop-off majestueux, sorte de falaise sous-marine. À la surface, des ploufs de poissons volants et de barracudas. Sur les fonds sablonneux, les ombres d’une ou deux raies timides. Plus on s’approche et plus le récif semble s’étendre à l’infini. On le contourne un moment par l’ouest avant d’atteindre le passage. Minerva Nord forme un grand cercle parfait, ouvert sur un segment seulement. Ross y engouffre le Shard et on voit les vagues casser des deux côtés du bateau.

Darren chez le barbier
Darren chez le barbier

Une fois dans le cercle, nous sommes dans une piscine naturelle, entourés par la barrière de corail, à l’abri du courant. Le Shard prend une pause bien méritée au milieu de NULLE PART, seul face à l’immensité du Pacifique. En moins de 10 minutes, tout le monde est à l’eau, barbotant dans un bain cristallin à 25°. On s’est bien gardé de saigner les poissons pêchés en route, pour ne pas attirer les requins-tigres vers notre lieu de baignade.

Baignade tant attendue
Baignade tant attendue

Armés de nos masques et tubas, nous explorons les fonds déserts. Le sable est couvert de vieux coraux, coquillages en tous genres et éclats de rochers. La baignade nous sert aussi de douche. Nous sommes comme des pirates non contents de nous pomponner. Une bande de pirates du Pacifique menée par l’intrépide Spanker (surnom donné à Ross d’après le verbe « rosser ») et son bras droit Groundhog (la marmotte) a.k.a Darren, pour qui il est toujours « nap’o’clock ». Quant à Steph, s’il avait un surnom ce serait sûrement SoundEffect, vu que tout le monde apprécie son talent pour les bruitages en tous genres, du craquement de la radio au bouchon de champagne qui saute en passant par le survol d’un avion et un tir en rafale. Et moi TapeWorm, mais ça on le savait déjà.

En remontant à bord on se rince à l’eau claire et on sert le vin blanc gardé au frais avec quelques apéritifs. Profitant à 100%, je me demande franchement ce qui pourrait rendre ce moment encore plus magique. À la proue du bateau, Stéphane répond par une demande en mariage. On se promet toujours plus d’aventures, alors forcément, je dis OUI.

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On approche du récif sud
Bonne pioche
Bonne pioche

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On s'apprête à ancrer
On s’apprête à ancrer
Mini-geysers
Mini-geysers

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Pas si petites, ces vagues!
Pas si petites, ces vagues!
OUI...ça se fête
OUI…

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Le bateau vu de l'eau
Le bateau vu de l’eau
Le phare de Minerva nord
Le phare de Minerva nord

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Excitement is the word. It’s like getting ready for the first day of school, or getting organized to go on your first ski vacation – actually it’s neither cause school isn’t fun and we’re already on « vacation » – but I couldn’t sleep nonetheless. This was of no matter since it was my shift anyhow. I kept busy plotting the GPS and establishing an ETA for South Minerva. I got all the footage equipment prepped and sorted out the fishing kit as the sun came up.

Once our navigation gear indicated that we were within ten nautical miles off and within visual range from the reef, Sandie and I were on the lookout in a way only akin to pirates seeking out an approaching ship to plunder: binoculars in hands, hair in the wind holding the mast and off the bow. It would be the first land we’d see in eight days and we were keen, illustrating the undeniable human appeal for reference. Only Ross had been here before. Soon enough we could perceive the telltale mist on the horizon coming from the crashing surf, where the Pacific meets its only barrier in miles. The prospect of being in crystal clear waters, fishing, swimming and showering was grand. The plan was to chill out for a couple of hours, a much-needed break after the past three days of uneventfulness but more for the four days preceding those! The fishing was poor overall given the natural magnet for biodiversity that Minerva represents. If this place has been fished out, damaged or otherwise affected by human activity, then there is no refuge, all ecosystems are indeed in decline.   

As soon as our depth gage caught a glimpse of the seabed, we caught our first fish. The line pulls, tugs and then a splash. We venture to guess: whaoo, tuna, mahi-mahi… Ross called it the Fiji fish for no better reason that he caught loads in Fiji. It was a Spanish mackerel. Sandie and I spotted five other yachts anchored inside the reef, they got hit by the same storm as us but rode it out. Their boats were bigger, better equipped and the crew surely more audacious. All they said over the radio about it was: “we have some stories to tell.” The pass was dodgy at best and given that this wasn’t anyone’s boat, we intended to push to the North Minerva reef. The setting was nothing short of amazing, it was that particular setting of atolls as I remembered them in the FSM. We could’ve turned around right then and gone back to New Zealand, I was satisfied.  

We had a infinitesimal chance of coming here in the first place and Darren noted, “thanks to the French dude for the detour… lost time is time gained.” There were no clouds, no wind, no currents so we didn’t go fast. We were motoring, so we didn’t go too slow either, all was how it was meant to be. We had three hours of down time until the next halt, time we used effectively to marvel over the pummeling waves, the offbeat nature of the setting, and contemplating what it would be like to be here in a storm like we had. In short, you wouldn’t want to be anywhere near this place during any storm. It looks like it’s sheltered and it is until it’s too late. It’s a death trap becoming a washing mashine and even if you were anchored inside you’d drag until you’re shipwrecked. Basically steer clear when in bad weather, in or out and at night. Ross added: “if you wash up on the reef, stay with the boat until nothing is left of it”, “and then what?” “And then you’re dead.”

This underwater Mount Everest surges out of waters three to four thousand meters deep and lies two feet under its surface. There is no land to speak of. There is still one natural passage in, and it felt as if it were meant for us. Getting in still requires some skill and a lot of organization: one on the helm, one on the GPS, one on the bow and one on the fishing lines in case we get a hit. We didn’t gut the fish we caught but conserved them in buckets. Darren points out that “tiger sharks could trail us” and this wouldn’t bode well for our little swim session. 

We anchor at 4.6 meters in the middle of this floating ocean crater. I check that there are no Tiger sharks and we all dip in, shower up, clean the hull and propeller. Once we all had our fun we dumped the chum in the water and with a little “here kitty kitty kitty” we waited for our guests from the safety of the boat. A major splash later all of it was gone but not the shadow of a fin could be seen. This is when Ross drops my dive knife in. Three meters deep, visible from the boat, but no one volunteers to jump in to get it. Bummer.

There are some occasions in life that must be seized. This was the time or never to propose. I attempted to “pop the question” over several occurrences, first during a planned dive cruise in the red sea but the Army graciously canceled my vacation. I thought doing it during another panned trip that would bring us on the summit of Mount Kilimanjaro, which fell through as well. Finally, Sandie was set to join me in the FSM and I had found THE islet where it would happen, but alas that trip went to hell and she never came.

Minerva is lost, unique, you don’t hear about it ever, and you’d never go again. From one adventure to another, and one still yet to come, what more could we ask for. Plus we almost died – ok let’s not dramatize. There is no perfect timing, you can’t wait for everything to be right. As far as I was concerned, in the here and now, all was right. It had to be something true to us and something worth remembering in the place and time of my choosing. She said yes. 

Journal de bord #9 : D’océan à lac d’huile

Le lac Pacifique

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Le lac vu de notre cabine

Vendredi 17 mai – JOUR 8. Une semaine que nous sommes en mer. La traversée ressemble maintenant au paradis qu’on ose à peine imaginer. L’océan est plat! Un vrai lac cristallin, d’un bleu profond à tendance timidement tropical. Les nuages blancs se dentellent vers le ciel et s’aplatissent à l’horizon, comme des boules de coton. Ils forment une couronne autour de nous, mais au zénith le soleil règne en maître absolu. À son contact prolongé, ma peau commence à dorer. Quand la brise s’intensifie, le lac Pacifique s’orne de rides qui lui donnent un aspect gaufré. Nous naviguons comme sur une seule longue et interminable vague plate qui se répète à l’infini et déforme l’horizon. L’eau a l’air parfaitement transparente, mais il n’y a rien à voir, à part entre 1000 et 3000 mètres de profondeur. Quelques cailloux flottent à la surface, habités par divers coquillages. On dirait des pierres-ponces ultra légères. Des poissons volants apparaissent de temps en temps. Fascinante créature que le poisson volant! Deux ont échoué sur le bateau. On les a retrouvés complètement asséchés, prêts à servir d’appât sur nos fils de pêche précaires.

Poisson volant
Poisson volant échoué

Si le décor est d’une beauté à couper le souffle, le vent, lui, nous fait défaut. On ne peut se permettre de couper le moteur, et notre vitesse reste en dessous de la moyenne de saison, risquant de rallonger la traversée d’un jour. Les réserves d’eau et de gaz ne posent pas (encore) problème, mais peut-être faudra-t-il commencer à être prudent quant aux rations de nourriture.

Nos journées sont remplies de farniente et dolce vita. Bons repas (pain perdu, scones au fromage, chili con carne…) lecture, bronzette, vaisselles à l’eau de mer et sieste. Le plus beau, c’est que ce ne sont pas des vacances.

Selon mes calculs, nous avons parcouru environ 670 milles et il nous reste 505 milles jusqu’à Vava’u. Nous sommes à 102 milles de Minerva Sud et à 124 milles de Minerva Nord, ce qui veut dire qu’à notre rythme actuel (105 milles/jour), on atteindra Minerva Sud dans un peu moins de 24h. Mais je pense que nous devons réajuster notre course, car notre direction actuelle (25°) nous ferait passer à plus de 90 milles à l’ouest du récif de Minerva. Je pense donc que Ross va recalibrer la course pas loin des 40°.
Après vérification sur les outils électroniques, j’ai eu la confirmation que mes calculs étaient bons, sauf pour la direction, qui suivant une déclinaison, reste à 25°.

Minuit. Je prends mon shift, la nuit est calme et sombre. J’hésite entre lire et admirer les étoiles : celles du ciel comme celles du lac-océan, bien que les planctons fluorescents se fassent un peu plus rare ce soir.

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Lecture…

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Un lac d’huile, on vous dit!
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Bonne bouffe…

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Sieste...
Sieste…
Les nuages cotons
Les nuages cotons

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Bronzette...
Bronzette…

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On day 8 of our mirthful passage, we find ourselves savoring this cruise in new glassy conditions. We watch movies and enjoy the life of bliss, vicariously living the high life on a yacht bound for paradise. We take some time off in between shifts to have an enriching linguistic exchange of Maori and French. Darren, Sandie and I pick each other’s brains and we learn to discover this unique culture and language that has cradled our lives in New Zealand as we sail further from it, expanding our experience during our nikio temoana – ocean journey.  

To be perfectly honest, I’m also fighting boredom. There isn’t much to do, but the boat displays an array of possibilities for languor: we sleep – a lot – we eat – quite a bit – we talk – as much as we can bare – and we celebrate – as much as we should. We still attempt to accessories our meals with the ocean’s offerings, but it isn’t feeling generous these days. The glassy ocean is literally the calm after the storm, we’re pushing a steady average of 5 knots and the hum of the engine has grafted itself into our subconscious.

The anticipation of hitting up Minerva Reef is quite real though. This unique opportunity stems from the precedent inauspicious events of this rough vacation. The storm and the rescue were a blessing in disguise – oh, now you tell me! I guess it’s the serendipity of it all. We won’t be stopping by the South Minerva Reef due to the sketchy pass permitting entry only within the right tides. We’ll circumvent its outer wall trolling instead. Minerva’s northern reef, a few hours further, is nearly a perfect circle with a well-defined entry point that we can handle. Getting shipwrecked now is not an option. It’s not our boat, we’re not supposed to anchor but we’re going to offer ourselves this awesome chance nonetheless.

Until then we will still be surrounded by a lot of nothingness. The only risk we’ve faced for the past 2 days is colliding with another vessel, which would be catastrophic, but we’d have to try in these conditions. In the open ocean there a certain sense of solitude, but by some peculiar occurrence, at this instant, it doesn’t feel vast and we don’t feel lost, we feel like we are exactly where we’re supposed to be. We couldn’t be anywhere else.