Shere Khan, Kama Sutra et lieu caché

Shere Khan au reveil

C’est un deuxième rêve réalisé. Le premier était d’aller sur une île. Avec l’escapade aux Andaman, c’est chose faite. Pour le deuxième, jéetais dans une jeep lors d’un safari dans le Bandhavgarh National Park. La réserve compte 34 mammifères et le tigre est le premier que nous ayons aperçu à travers les feuillages à 6h du matin. Plus tard, nous avons aussi vu son dîner, Bambi, ou plutôt un troupeau de Bambis. Mes yeux fatiguaient à force de scanner la forêt et scruter les buissons, mais nous avons aussi débusqué de très beaux oiseaux, des sambars et des singes.
Au final il faut bien avouer qu’après 8 heures de jeep (de 5h a 9h et de 15h a 19h) si je n’avais pas vu de tigre j’aurais pesté (je sais c’est mal, mais faut pas charrier, chez nous aussi il y a des biches et des oiseaux ;-). Mais après avoir pu admirer la panthera tigris, mon sourire a tenu 8 heures facile.

Karma Sutra

De Khajuraho je n’ai pas grand chose à dire. Par contre j’ai beaucoup à montrer! Tous les voyageurs que j’ai croisé s’accordaient à dire qu’ils avaient vécu ici le pire harcèlement touristique. Nous sommes arrives méfiants, et repartis enchantés. Hors saison le village est paisible, et même si les commerçants font tout pour aimanter nos roupies, ça n’a jamais été énervant au point d’être désagreable. On a même fait quelques rencontres fort sympathiques, de celles qui sont dénuées de tout intérêt économique (ou presque).
Les temples de la dynastie des Chandela, érigés il y a plus de 1000 ans, sont étonnamment bien conservés. Recouverts de statues érotiques (et plus si affinité), ils ont le mérite d’offrir une visite surprenante, le but des Chandela ayant été de représenter le bodha – plaisir physique -, allié essentiel du yoga – exercice spirituel – pour atteindre le nirvana.

Cachés

Nous sommes maintenant à Orccha, « lieu caché », un tout petit village construit autour des nombreux temples, palais et cénotaphes datant de l’époque ou les rajas Bundela en ont fait leur capitale. La visite du palais principal offre un décor idéal pour le prochain James Bond. Nous avons joué à cache-cache avec le seul autre touriste dans l’enceinte (un espion, assurément!)

Le paradis avec un A

Si je vous dit cocotiers, plages de sable blanc, eau turquoise et poissons tropicaux, ça fait cliché. Alors je vais plutôt vous raconter qu’on est hors-saison, que donc il ne fait pas (tout le temps) beau, que du coup on a ces paradis perdus pour nous seuls, que même sous la pluie c’est superbe, ça fait même ressortir la jungle luxuriante.
Du coup pas le temps de s’ennuyer: on fait des chasses au trésor de coquillages, on organise une course pour les Bernard l’Hermite, on guette les crocodiles près d’une cascade, on s’enfonce dans la jungle sur les traces des éléphants, on tombe en panne d’essence et on (enfin Steph) pousse le scoot sur 3 km, on sauve un dauphin blessé pris au piège à marée basse, on boit l’eau de coco à même la noix, on body-surf des petits tubes parfaits sur une plage appelée N#5, on sert de casse-croûte aux moustiques affamés, on traîne sur les ponts des bateaux d’île en île, on essuie une pluie de mousson tout équipés, on fait notre baptême de plongée (je suis accro)…bref, les îles Andaman nous gâtent.

…S…&…S…
Butler Bay, Little Andaman
Manish, notre moniteur de plongee chez Barefoot Scuba
Radha Nagar Beach, Havelock Island
 

Paisible et humide demeure

Shantiniketan. Depuis la gare de Barddhaman à 12 heures de train de Varanasi (14h donc), le village est sensé être facilement accessible par un train « express » de 45 minutes. Mais quand ce train (et tous les autres dans la même direction) est annulé 5 minutes après que j’ai acheté mon billet, ça devient tout de suite beaucoup plus compliqué. Déjà, se faire rembourser le billet est une affaire de volume de voix et élasticité du bras. C’est à celui qui parvient à se faire entendre en tendant son billet au guichetier à travers la mêlée tout en espérant que la monnaie rendue atterrisse dans la bonne main. Une fois cette étape passée, direction la gare routière. La-bas l’employé du service de bus publics est catégorique, il n’y a pas de bus pour ce village. Pas maintenant, et pas plus tard. Pas demain non plus. Impossible de savoir si la route est bloquée, s’il y a une grève, si le village a disparu de la carte dans la nuit. En persévérant, je finis par trouver un bus « privé » qui s’y rend. Manque de bol on doit changer de véhicule à mi-chemin, et je me retrouve plus serrée qu’un œuf de caviar en conserve pour les 2 heures restantes. A 80 dans un bus (sans compter les gens sur le toit) et par 40 degrés, je me liquéfie littéralement. Quand on atteint enfin Bolpur, l’arrêt final à 2 km de ma destination, il fait déjà nuit.
Dans le bus j’ai rencontre Sabir, un artiste peintre, et il connait des étudiantes qui peuvent me prêter un lit. Le lendemain Sabir me fait visiter Shantiniketan, construit plus ou moins autour de la grande et prestigieuse université fondée par Rabindranath Tagore en 1901. Le campus verdoyant abrite quantité de fresques, sculptures éclectiques, et singes!
Le soir Sabir invite quelques amis et cuisine un poulet Biryani, m’offrant au passage une expérience des plus authentiques.
Je reprends la route le lendemain pour Kolkata.
S&S = J-1.

Une des œuvres de Sabir

Chez Rahul from Vara

Varanasi est la ville la plus bruyante que j’ai traversé en Inde jusqu’à présent. Les journées y sont rythmées par les fréquentes et longues coupures d’électricité, conséquence des trop nombreuses usines implantées pour traiter l’eau du Gange, polluant au passage les villages voisins jusqu’ici épargnés.
La vue sur les ghats de la plus vieille ville du pays, ou les rivières Varuna et Assi se rejoignent, vaut a elle seule le détour. En dehors de cette activité touristique mais incontournable, la ville ne m’a pas charmé mais j’étais ravie de la découvrir avec Rahul, chez qui nous logions (enfin chez sa tante, la cousine de son père).
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Nous avons admiré les rives du Gange depuis une barque au crépuscule, assistant à la cérémonie de prières quotidienne, puis aux crémations, elles aussi quotidiennes. Sans que ce soit programmé nous avons fini par en voir une du début à la fin (enfin presque), et au risque d’en choquer plus d’un, j’ai trouvé ce spectacle bien moins morbide qu’un enterrement. Le tout a quelque chose de très terre à terre, c’est le cycle de la vie et la mort, sans pudeur et sans artifices.
J’ai été bien plus exaspérée.quand notre batelier a délicatement déposé son gobelet de chaï vide sur la surface du Gange, comme s’il s’agissait d’une bougie flottante. J’ai envisage un instant de l’attacher sur un des bûchers fumants, mais la perspective de pagayer les 500 mètres qui nous séparaient du débarcadère m’a retenu.
Sur l’un des ghats on peut admirer un petit temple népalais dont les statuettes érotiques sont sans équivoque. Ces quelques figurines sculptées dans le bois des poutres font ressortir toute l’hypocrisie sexuelle de ce pays, où les couples prétendent ne s’aimer que par les yeux, et ou un simple bisou sur la bouche est censure au cinéma.
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Varanasi avec Rahul, c’était aussi une après-midi a Sarnath, ville ou Buddha vint prononcer son premier discours sur le « chemin du milieu » après l’éveil à Bodhgaya; la visite de l’association de sa grand-mère qui s’occupe des femmes qui n’ont plus rien ni personne; la D Foundation, qui réunit des fonds pour les plus démunis, et l’école Krishnu Murti, qui est sous de nombreux aspects comparable à Pushp Niketan.
C’est aussi à Varanasi, après 2 semaines, que Natalia et moi nous sommes séparées. Elle a rejoint Bombay pour quelques jours avant de s’envoler pour l’Europe. Je suis maintenant à Shantiniketan, qui signifie paisible demeure. Arriver jusqu’ici était un périple en soi, mais ce sera au prochain épisode, parce que le village ne dispose que de quelques heures d’électricité par jour et la coupure est imminente, me dit-on.

De Bodhgaya à Kolkata

Nous sommes à Bodhgaya, lieu sacré de l’illumination de Buddha. Les temples sont aussi sublimes que ce que la chaleur est accablante. Aujourd’hui on s’est couchées dans un courant d’air de 13h a 16h.
Après Darjeeling, on a rejoint Kolkata en train de nuit, où nous avons passé la journée (fou, speed, bruyant, mais pas désagréable) et repris un train de nuit pour Gaya. Je ne compterai pas le nombre d’heures qu’on a donc passé sans se doucher, mais je pense qu’on est monté d’un cran dans le classement des backpackeurs crado-dingos.
Cela dit je vous rassure, on s’est douchées a l’hôtel ce matin. Mais remontons quelques jours en arrière :

Taupe vue sur Tiger Hill

A première vue, l’expédition ne vaut pas le réveil à 3h30 du matin. Non seulement il y a trop de nuages pour apercevoir la moindre montagne, mais en plus la colline est plus peuplée que les Galeries Lafayette la veille de Noël. La majorité des touristes sont indiens, donc 4 personnes sur 5 jettent leur gobelet de café par terre. Heureusement en s’éloignant un peu du troupeau, on trouve un coin paisible d’ou admirer le même spectacle, à savoir un lever de soleil magique et mystérieux sur les montagnes himalayennes ennuagées.
On rentre à Darjeeling à pied, profitant d’une splendide vue et traversant les villages construits à flanc de colline pendant presque 3h.
On a enchaîné sur la visite du jardin botanique, une dégustation de thés (mon préféré est le Puttabong, un thé d’automne ambré, léger et fruité), et la découverte de Petrichor, un café-atelier épatant tenu par un couple du coin. On y mange de la cuisine maison, on y peint, lit, discute, on y achète de l’artisanat fait main, le tout dans un décor familial et stylé. Un vrai repère d’artistes!
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Folle journée à Kolkata

Apres avoir déposé nos sacs à la consigne de la gare, nous traversons la Hooglie en ferry, direction Victoria Memorial. La marche à travers le Maidan est épuisante. Cette partie de la ville n’est pas du tout faite pour les piétons. C’est une enfilade de grandes avenues sans ombre entourées de terrains de cricket. Je ne peux m’empêcher de calculer le nombre de gens qu’on pourrait loger dans ces parcs bien trop grands.
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Pour fuir la chaleur, et parce que Natalia commençait a se sentir mal, nous avons decidé d’assister à une pièce de théêtre qui venait de commencer à la Gallery of Fine Arts. C’était en hindi, et c’est bien pour ça que je me suis régalée. Natalia a quitté la salle en plein milieu du spectacle et m’a dit de la retrouver à la clinique la plus proche. C’est là que la partie « folle » de la journée commence. Nous avons presque les mêmes guides (j’ai la version Inde du Nord en français, elle a tout le pays en anglais) mais bien sûr les cliniques indiquées ne sont pas les mêmes. Après 2h de marche en plein cagnard, j’ai vu 2 centres médicaux, mais pas de Natalia. Evidemment son tel n’a plus de batterie. Je me rends au cimetière que je croyais être Park Street, parce qu’on avait initialement convenu d’y jeter un œil. Mon téléphone n’a presque plus de batterie non plus, mais heureusement assez pour que Natalia arrive enfin à me joindre. On se donne rendez-vous a l’entrée du cimetière, ce qui, si j’avais été dans le bon, aurait été facile! Ne le sachant pas, j’ai attendu, assistant malgré moi à une cérémonie à cercueil ouvert à l’entrée. Finalement un vieux gentleman anglais, étonné de me voir là, s’inquiète de ma situation et m’aiguille vers le bon cimetière. Quand j’arrive enfin a Park Street, je vois que Natalia a signé le registre d’entrée, mais pas de sortie. On ne se trouve pas tout de suite, et se chercher entre les pierres tombales au milieu d’une semi jungle a quelque chose de surnaturel.
En fin d’après-midi on remonte vers la vieille ville, qu’on préfère tout de suite aux grands boulevards anglais. On traverse un centre commercial climatisé, le marche aux viandes étouffant et puant, et arrivées devant un cinéma populaire, on prend des billets pour la séance de 18h, parfait en attendant notre train. « Badmaash Company » est un pur produit de Bollywood. Beaucoup trop long, bourre de clichés, mais amusant. Observer le public en transe est presque aussi divertissant que de suivre le film en hindi (mais pas difficile à comprendre: moi gentil, toi méchant, moi aimer toi, dommage que toi pas aimer moi…ou alors si? FIN).

Sur les traces de Buddha

A Bodhgaya on prend le temps de souffler. On a ralenti le rythme, volontairement ou sous l’effet de la chaleur.  On visite les nombreux temples le matin et au coucher du soleil. Le plus douloureux ce n’est pas la chaleur, c’est le fait qu’il n’y ait pas d’électricité. Donc pas de frigo, pas d’eau fraîche, pas de ventilateur. Dans les heures les plus chaudes, je pratique l’art de la sieste, comme hier, ou je teste le massage acupression, comme aujourd’hui (peut-être le meilleur massage de ma vie).
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Pour visiter la grotte dans laquelle Buddha a médité pendant 6 ans, on doit grimper un sentier escarpé, toujours en plein soleil. Mais le chemin vers l’illumination est semé d’embûches, et en pensant à Buddha (et surtout en mettant un pied devant l’autre), nous atteignons la grotte.
Le Mahabodhi Temple est le plus majestueux. Il a été construit autour du peuplier sous lequel Siddhartha Gautama a été illumineé(enfin pas l’arbre original parce que la femme d’Ashoka l’a fait abattre, la garce) mais un très beau et très vieux quand même, planté au même endroit.
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