Regard sur l’œil

lookOyez oyez,  après 2 opérations, des centaines de gouttes, 3 tubes de crème et 5 mois de galère, mes yeux vont mieux. Pour fêter ça, je fais le bilan en dévoilant le florilège des réactions que j’ai suscitées. C’est ça d’être une curiosité, faut assumer!
Pour résumer, je me suis fait retirer une excroissance de la cornée dans chaque œil, à l’ancienne (donc pas au laser). Une expérience que je ne suis pas prête d’oublier. Et si l’envie me prenait, mon pass professionnel se chargerait de me l’ôter aussitôt, car la photo dudit pass a été prise une semaine après la première opération et que donc j’y arbore un magnifique œil gonflé comme un grain de pop-corn. (Au choix, préférez l’œil au beurre noir, au moins ça fait rebelle.)
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Il y a ceux qui maternent 
– Ma pauvre  chérie (puce, roubidouchette…) j’ai tellement mal pour toi.
Ce à quoi j’ai envie de répondre que merci, mais franchement ce n’est pas la peine, une personne avec cette douleur, c’est bien assez.
Cette catégorie n’inclut pas la famille ni les proches évidemment. Eux ont le droit de materner, paterner, fraterner, sympathiser…Ils l’ont fait d’ailleurs et je les en remercie.
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Ceux qui connaissent par cœur même s’ils ne sont pas passés par là
– c’est normal. Ma mère ça a mis un mois et demi à guérir
–  mais c’était pas la même opération, si?
–  non mais c’est pareil, c’est l’œil. Arrête de toucher
–  ça va, je me gratte la paupière (!!!)
– tu devrais mettre un cache
– les médecins m’ont dit que ce n’était pas la peine
– oui mais ma mère l’a mis et ça a aidé
– … (tu me les casses, et ta mère aussi)
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Ceux qui n’osent pas trop en parler ou qui font comme si de rien n’était, soit parce qu’à force ils trouvent que j’en fais des caisses, soit parce qu’ils ne savent pas trop quoi dire.
–  …on verra ça à la réunion de demain. Au fait ça va ? (accompagné d’un geste vague en direction du visage)
– moui ça v…
– bon super.
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Ceux qui n’en ont rien à cirer mais qui à force d’entendre tout le département en parler depuis 4 mois, demandent soudain :
– mais qu’est-ce qu’il t’es arrivée en fait?
– (discours habituel, répété en mode automatique)
– ahh! donc tu vois bien!
– ben là là non, mais je n’ai pas de problème de vue si c’est la question
– c’est pas le laser alors?
– non voilà, rien à voir.
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Ceux qui font des blagues: « ma fille aussi fait journée pirate à l’école aujourd’hui! »
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Ceux qui demandent plein de détails et n’assument pas:
– t’as senti quelque chose?
– oui les points de suture je les ai sentis passer
– Argh, non, je veux pas savoir. Fais voir? (je montre) Argh non je peux pas regarder c’est horrible.
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Et le meilleur pour la fin, ceux qui se montrent très confiants quant a la guérison rapide :
– je suis SÛRE que ça va bien se passer
-…(c’est gentil ça. Tu y connais un beignet mais tu mettrais ta main à couper? J’aime les gens qui vivent dangereusement.)

Le problème avec eux, c’est que si ça ne va pas mieux de jour en jour, on finit par se faire engueuler tellement ils sont vexés de s’être trompé :
– mais là, ça va mieux quand même, NON??
– non je suis désolée de te décevoir mais je morfle encore sévère.
– c’est dingue ça! NON mais ça va aller maintenant!
– … si tu le dis!

Une fois n’est pas coutume

IMG_6997Aujourd’hui je vais parler de mon chien. Typiquement le truc que je ne pensais jamais faire. Comme quoi il ne faut jamais dire jamais. Honnêtement je ne suis pas très fan des gens qui écrivent des billets sur leurs animaux. C’est un peu comme les enfants…on en est tellement proche qu’on n’ose pas trop en rire. Ou alors gentiment. Tellement gentiment que ça fait tout juste sourire. J’arrête là parce que je suis en train de me tirer une balle dans le pied, puisqu’aujourd’hui je vais faire exactement ce que je critique. Alors pourquoi? Parce que je l’ai dit en lançant Sandiscuter : plus de retenue (enfin un tout petit peu quand même), je laisse mes coups d’inspi n’en faire qu’à leur tête.

En l’occurrence moi je pars avec une originalité d’avance parce qu’en fait je n’ai pas de chien. Non je ne suis pas en train de faire un jeu de mot pourri genre « c’est une chienne! » (même si c’est vrai). Non disons que techniquement je n’ai pas vraiment de chien…enfin pas quotidiennement. C’est le mien sans être le mien. Bon j’arrête de tourner autour du pot, en gros je ne vis pas avec (le chien, that is, pas le pot).
Alors je pourrais vous raconter comment on est tombé en amour l’une pour l’autre…elle, petite chose toute fragile, douce et qui sent bon, déposée tremblante dans mes bras…elle a levé ses grands yeux verts et a fait chavirer mon cœur, mais je ne me souviens pas si c’était avant ou après m’avoir vomi ses tripes dessus. Ce qui est sûr c’est qu’en ce faisant, elle a scellé notre destin (enfin surtout celui de mon Tshirt). Je l’ai toute suite bien aimé cette petite peste. Qu’elle ose tout donner, dégobiller tout ce qu’elle avait dans le bide comme ça, sans retenue (et sans prévenir), c’était audacieux. Ma mère dit (et elle n’est pas la seule) tel maître tel chien. J’aime le penser. Moi aussi quand je vomis je le fais avec panache.
Du coup on peut dire que c’est plutôt elle qui m’a choisie que l’inverse. Je la comprends, je me voudrais assez comme maître. Ça parait bizarre de dire ça mais je le sais parce que j’ai été chien dans une autre vie.
Je pourrais aussi vous dire que j’ai amoureusement ramassé ses petites crottes bien moulées dans le jardin, essuyé ses pipis systématiquement déposés à côté du papier journal (mais quelle idée d’essayer de faire pisser un chien sur un journal…), que j’ai résisté aussi longtemps que possible à l’envie de la prendre chaque fois qu’elle couinait pour monter se coucher avec nous. Et dit comme ça on dirait que je l’ai élevée, cette mignonne. Ça aussi d’ailleurs j’aime le penser. Mais il est temps de rendre à César ce qui appartient à ma (future) belle-mère, car c’est à elle que revient le mérite de l’avoir gardée après mon départ du Maroc. Ah oui je ne vous ai pas dit? Séraphine est marocaine. Le coup de foudre a eu lieu à Casablanca, en juillet dernier.
Future belle-maman, donc, fait centre d’accueil pour les animaux de temps en temps, jusqu’à ce qu’ils trouvent une famille. Séraphine ayant jeté son dévolu sur moi par voie de régurgitation, je suis devenue sa famille. Je me voyais déjà l’embarquer sous le bras pour la ramener à Londres (malheur!) mais l’homme m’a raisonné, et je n’ai rien trouvé de mieux que de la refourguer à ma mère. Franchement malgré un « oui ma chérie c’est vrai qu’elle est à croquer » convainquant, je ne pensais pas qu’elle irait jusqu’au bout de l’adoption. Parce que comment vous dire…faire émigrer un chiot (enfin une chiotte) du Maroc à l’Irlande, niveau paperasse, c’est bonheur dans ton cœur!
À suivre…
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Lettre de rupture

ruptureTu fais partie intégrante de ma vie. J’ai été exigeante. Je t’ai voulu à la pointe de la pointe. Pas seulement beau, mais aussi fort, puissant même! Et puis moderne, un brin frimeur.

J’ai mis beaucoup d’espoir en toi, dès le début. Je te voyais déjà révolutionner ma vision du progrès, encourager ma créativité, soutenir mes projets! Je t’ai aime, montré, j’ai cru en toi, j’ai été fière de toi.

On est partis ensemble au bout du monde, et tu m’as suivi partout sans rechigner, malgré ton léger surpoids (si si, personne n’en parle pour ne pas te vexer mais c’est une réalité). J’ai vraiment essayé de m’occuper de toi, te dorloter, entretenir le dialogue pour comprendre où tu avais mal et pourquoi.

Pourtant on ne peut renier sa nature profonde…et celle-ci t’avait condamné dès le départ.

Aujourd’hui, après toutes ces aventures, dont certaines t’ont un peu cabossé, je veux effacer ta mémoire. Tout reprendre à zéro, parce que je t’ai submergé. Tu passes ton temps à souffler, tu ne m’écoute plus, tu prends des plombes à répondre dès que je te demande le moindre truc, je sens bien que je tape sur le système. Mais tu sais quoi? Toi aussi tu m’énerves! Je t’en veux de me lâcher, mais il faut bien que je t’avoue, à force de me compliquer la vie, tu m’as poussé dans les bras d’un autre (et j’aime autant te dire, pas n’importe lequel). Celui pour qui je n’aurais jamais pensé succomber. Je ne me permettais même pas d’y penser, parce que je trouvais ridicule que tout monde craque sur lui. Alors c’est vrai, il est plutôt canon, mais surtout il est simple. Et c’est pour ça que je vais franchir le pas. J’en ai ma claque de me prendre la tête avec toi, de perdre mon temps! Je veux quelque chose qui marche, tu peux comprendre ça?

Entre lui et moi ça n’est qu’une question de temps (et un peu d’argent aussi c’est vrai, parce qu’il est quand même vachement snob). Mais je vais oser.

Alors quittons-nous en bons termes, avant qu’il ne soit trop tard, que je te dise des choses que je ne pense pas et que tu vires au pathétique. Alors par pitié sois raisonnable et avançons main dans la main pour traverser cette étape difficile. Et pour l’amour du ciel, arrête de planter PUTAIN d’ordinateur!

Flexion et réflexion sur le yoga chaud

Je me souviens précisément de mon premier cours de yoga Bikram. J’ai eu chaud, soif et CHAUD. J’ai cru que j’allais tuer le moniteur, qui me demandait de rester assise en respirant tranquillement alors que j’avais juste envie de rendre mes quatre derniers repas. Je me souviens aussi très bien des courbatures qui ont suivi, dont j’ai bien mis une semaine à me débarrasser.
 
Cinq ans plus tard, j’en suis à mon troisième studio. Après avoir fréquenté les salles chaudes de Paris et de Montréal, voilà que je déroule mon tapis à Auckland. Seule entorse au régime, l’Inde. Contre toute attente, je ne pouvais suivre un cours dans le pays d’où le yoga est issu! Qu’à cela ne tienne, j’ai remplacé le précieux moniteur par un CD et la salle chaude par une terrasse au soleil.
On s’attendrait à ce qu’après cinq dures années de pratique régulière, je sorte d’un cours de yoga comme après une petite séance de stretching. Ok parfois, c’est le cas. Mais il m’arrive encore de maudire le fol allié qui a inventé cette pratique et pire, la partage: quand j’ai trop mangé, trop bu ou trop peu dormi. Alors, aller au Bikram pour avoir la forme ou avoir la forme pour aller au Bikram? Les deux mon capitaine. D’où le cercle vertueux de ce sport malin qui (au final) fait du bien partout.
Malgré les conseils avisés des experts qui s’évertuent à nous répéter qu’il ne faut penser à rien, voici un extrait de cours et un dialogue intérieur illustrant les différents états d’esprit traversés. Au début, on en voit des vertes et des pas mûres, mais à force de pratiquer, on voit la vie en rose
Pieds joints, croisez les mains sous le menton. Ouh la, mais c’est qu’il fait chaud! Commencez. Mais qu’est-ce que je fais là? Demi-lune, mains aux pieds. Non mais je peux pas faire ça moi…(soupir)…aïe. Utkatasana, la pose curieuse. Je sens rien, suis trop forte. Je sens rien, suis trop nulle! Relâchez. Ouf! Garurasana, l’aigle. Non vraiment, pourquoi je suis ici déjà? J’ai tellement bien fait de venir!Attrapez le pied pour la pose front au genou. Ah tiens, y’a un muscle là? Dandayamana dhanurasana, l’arc debout. Dis donc, je fracasse ce matin! Je me sens pas très très bien là… Tuladandasana, le bâton en équilibre. Euh, ça fait mal à la hanche ça, c’est normal? 10…9…8…allez on tient!Je crois que je vais m’évanouir. 3…2…1 Déjà? Je commençais tout juste à sentir les bienfaits.Dandayamana Bibhaktapada… Paschimotanasana. Je les connais par coeur. Stop, ça suffit là! Trikanasana, le triangle.Ah, ma pose préférée! Oh mon Dieu…Jambes séparées, front au genou. Oh mon Dieu, bis. Rentrez le menton dans la gorge. Argh, je peux plus respirer… Tadasana, l’arbre. Oh non, pas ça… Étirez-vous, allez on tient une minute. C’est pas une minute ça! Elle sait pas compter ou quoi? Savasana, la pose du cadavre. (ahhhh…) Je vais rester ici, réfléchir un peu…Pavanamuktasana. Mon cœur va lâcher. Bhujangasana, le cobra. Hein? Le co-quoi? Salabasana, le locuste. J’ai chaud. Il fait presque bon aujourd’hui! Poorna Salabhasana, le locuste entier. Tendez les bras, envolez-vous! S’envoler? Mais elle est malade! Je vais vomir…Dhanurasana, l’arc au sol. Argh…aïeeee. Mmm, ça détend.Pose fixe et solide. J’ai soif. Je vais mourir. Prenez une grande inspiration…sit-up! Pousser, pousser, pouuuusser! Ardha-kurmasana, la demie-tortue. Non, ça, c’est la tortuRe, et pas demi! Sit-up. P****de sit-up de m****! Ustrasana, le chameau.Ah, ma deuxième pose préférée! (gémissement, plainte, grognement, grincement). Sasangasana, le lapin. Il reste quinze minutes. Quinze minutes. Quinze minutes. Ardha matsyendrasana, la torsion de la colonne. Arf, ça remue les intérieurs la torsion! Et pour terminer, la respiration de feu. Exxxxxxpiration. Shbleuh!
 
Bon, ben ça va, c’était pas si terrible (ahum!) J’enchaîne sur un deuxième cours ou je reviens demain matin à 6h?
 

Le bon et le mauvais café

Dans le cadre de son job de barman, Steph a  bénéficié d’une formation sur la machine à café du restaurant où il travaille, le Kermadec, à Auckland donc (je précise, au cas où!) Je l’ai accompagné, parce que ça m’intéressait de connaître la différence entre un bon et un mauvais café.

Simon, le maître-cafetier, flirte avec la trentaine. Un visage poupon, cassé par une surprenante moustache, résultat du Movember 2011 (Movember étant un mouvement de soutien contre le cancer de la prostate et autres maladies masculines…à l’instar de ces demoiselles – en ai-je fait partie? – qui mettent la couleur de leur soutien-gorge dans leur statut Facebook pour protester contre le cancer du sein.)
La moustache de Simon est longue et fine, les extrémités sont retournées et bouclées. Ça lui donne un air de porn-star du 19ème (siècle, pas arrondissement), selon ses collègues du Kermadec.
Simon n’aime pas le café, il l’adore. Il en parle avec passion, comme quand un geek vous parle de son ordinateur comme si c’était sa maîtresse attitrée, ou qu’un fou de mécano vous décrit les courbes voluptueuses de son nouvel engin (à moteur).
Dès lors, la formation s’annonce des plus divertissantes.
Quand on prépare un expresso avec ces machines, on moud les grains, on presse, on enclenche la poignée dans la machine, on met une tasse sous le verseur et on appuie sur un bouton. Dit comme ça, ça ne semble pas sorcier. Détrompez-vous! Tout influe sur le goût qu’aura votre café: la température extérieure (si si…) la finesse du grain (donc le réglage de la broyeuse), la façon dont vous pressez le café moulu dans la poignée, et bien sûr le temps d’écoulement de l’eau bouillante.
Fiche pratique:
Plus il fait chaud, plus il faut moudre fin. La pression exercée sur le café moulu doit être la même partout (si vous insistez sur un côté en appuyant trop fort avec le pouce, l’eau s’écoulera plus vite d’un côté que de l’autre, devenant plus rapidement insipide. L’eau doit être à 91°C (au-delà, le café brûle). Pour l’écoulement, comptez entre 24 et 32 secondes: 24 pour un café doux, plutôt 32 pour un café amer.
Puis vient le moment des essais. Après la théorie, Stéphane doit montrer qu’il a compris. Moi comme je suis là, je dois goûter. Simon me tend un premier essai, sensé être plutôt amer. Évidemment, un bon expresso s’apprécie pur, sans sucre. Les yeux sont rivés sur moi, on attend mon verdict. Je fais tournoyer le liquide dans la tasse, renifle, vérifie la robe, me trompant un instant de dégustation (ou tentant de retarder le moment fatidique.)
Je bois et je sens mes traits se tirer. Gollum, Gollum!
Deuxième tasse. L’eau n’ayant coulé que 26 secondes, le café devrait être plus doux. Je trempe mes lèvres réticentes…Gollum is back.
Ça fait rire Simon, qui promet d’apaiser mon palais avec un café au lait. Je suggère d’y glisser une petite-mini-micro dosette de sucre, mais Simon m’assure que le lait correctement chauffé fera ressortir tout son glucose. Je suis sceptique, mais cette fois Simon me bat à plate couture.
– Ce café est délicieux!
– Oui enfin c’est surtout le lait que tu aimes…
– :)