Une fois n’est pas coutume

IMG_6997Aujourd’hui je vais parler de mon chien. Typiquement le truc que je ne pensais jamais faire. Comme quoi il ne faut jamais dire jamais. Honnêtement je ne suis pas très fan des gens qui écrivent des billets sur leurs animaux. C’est un peu comme les enfants…on en est tellement proche qu’on n’ose pas trop en rire. Ou alors gentiment. Tellement gentiment que ça fait tout juste sourire. J’arrête là parce que je suis en train de me tirer une balle dans le pied, puisqu’aujourd’hui je vais faire exactement ce que je critique. Alors pourquoi? Parce que je l’ai dit en lançant Sandiscuter : plus de retenue (enfin un tout petit peu quand même), je laisse mes coups d’inspi n’en faire qu’à leur tête.

En l’occurrence moi je pars avec une originalité d’avance parce qu’en fait je n’ai pas de chien. Non je ne suis pas en train de faire un jeu de mot pourri genre « c’est une chienne! » (même si c’est vrai). Non disons que techniquement je n’ai pas vraiment de chien…enfin pas quotidiennement. C’est le mien sans être le mien. Bon j’arrête de tourner autour du pot, en gros je ne vis pas avec (le chien, that is, pas le pot).
Alors je pourrais vous raconter comment on est tombé en amour l’une pour l’autre…elle, petite chose toute fragile, douce et qui sent bon, déposée tremblante dans mes bras…elle a levé ses grands yeux verts et a fait chavirer mon cœur, mais je ne me souviens pas si c’était avant ou après m’avoir vomi ses tripes dessus. Ce qui est sûr c’est qu’en ce faisant, elle a scellé notre destin (enfin surtout celui de mon Tshirt). Je l’ai toute suite bien aimé cette petite peste. Qu’elle ose tout donner, dégobiller tout ce qu’elle avait dans le bide comme ça, sans retenue (et sans prévenir), c’était audacieux. Ma mère dit (et elle n’est pas la seule) tel maître tel chien. J’aime le penser. Moi aussi quand je vomis je le fais avec panache.
Du coup on peut dire que c’est plutôt elle qui m’a choisie que l’inverse. Je la comprends, je me voudrais assez comme maître. Ça parait bizarre de dire ça mais je le sais parce que j’ai été chien dans une autre vie.
Je pourrais aussi vous dire que j’ai amoureusement ramassé ses petites crottes bien moulées dans le jardin, essuyé ses pipis systématiquement déposés à côté du papier journal (mais quelle idée d’essayer de faire pisser un chien sur un journal…), que j’ai résisté aussi longtemps que possible à l’envie de la prendre chaque fois qu’elle couinait pour monter se coucher avec nous. Et dit comme ça on dirait que je l’ai élevée, cette mignonne. Ça aussi d’ailleurs j’aime le penser. Mais il est temps de rendre à César ce qui appartient à ma (future) belle-mère, car c’est à elle que revient le mérite de l’avoir gardée après mon départ du Maroc. Ah oui je ne vous ai pas dit? Séraphine est marocaine. Le coup de foudre a eu lieu à Casablanca, en juillet dernier.
Future belle-maman, donc, fait centre d’accueil pour les animaux de temps en temps, jusqu’à ce qu’ils trouvent une famille. Séraphine ayant jeté son dévolu sur moi par voie de régurgitation, je suis devenue sa famille. Je me voyais déjà l’embarquer sous le bras pour la ramener à Londres (malheur!) mais l’homme m’a raisonné, et je n’ai rien trouvé de mieux que de la refourguer à ma mère. Franchement malgré un « oui ma chérie c’est vrai qu’elle est à croquer » convainquant, je ne pensais pas qu’elle irait jusqu’au bout de l’adoption. Parce que comment vous dire…faire émigrer un chiot (enfin une chiotte) du Maroc à l’Irlande, niveau paperasse, c’est bonheur dans ton cœur!
À suivre…
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La journée-type de Sandillon

C’est dur la vie en vacances, qui plus est au Maroc. On me l’a dit et redit, mais il fallait que je le vive pour le croire.
Je suis réveillée par les aboiements des 4 chiens, entre 9h et 9h30. Moi qui déteste les chiens, je suis servie.
Je petit déjeune, et je me mets à écrire. J’ai la paix, ce qui est infernal, évidemment. Personne ne me dérange, je suis donc obligée de me concentrer, pas de fausse excuse pour repousser à un autre jour. Terrible!
13h. Je suis épuisée, il me faut nourrir mon esprit (oui c’est comme ça que j’ai rebaptisé mon estomac) pour repartir du bon pied. On se régale de pastilla, de tajine de poisson, de pain frais maison, de cerises, figues et nectarines gorgées de sucre. On digère devant la télé, séance commérage de blondes: « j’aime pas sa robe. C’est quoi cette coiffure? Oh mais elle va arrêter avec son rire de guenon! Lui il est pas mal. Ah non ça fait trop Mr Propre »…
Vers 15h, le soleil m’appelle. Je sais, moi aussi ma bouteille de crème solaire dit « pas d’exposition avant 16h », et je ne triche pas! Quand il est 16h en France, il est…15h au Maroc :-D
C’est la saison des amours pour les libellules. Moi aussi je ferais bien de juillet ma saison des amours, mais un certain capitaine dont je tairai le nom en a décidé autrement. Mon horoscope s’est planté. « Profitez en amoureux », c’est pour août! Juillet c’était « profitez » tout court.
Et là justement, je suis en pleine séance bronzette. Une libellule rouge se pose tout près de moi. Elle s’envole et revient accompagnée. Commence alors le superbe ballet de la reproduction, j’en ai la larve à l’œil. Puis soudain, un autre couple s’approche, et les libellules changent de partenaire…je suis dans un jardin échangiste!! Je détourne le regard, résolue à laisser les libellules faire leurs cochonneries tranquilles.
Je me tourne sur le ventre, histoire de faire griller l’autre côté de la brochette. C’est une position assez délicate, parce que j’ai quand même encore quelques points de suture sur le ventre. C’est évidemment le moment que choisissent les mouches pour m’atterrir dessus. Je ne cesse de les chasser, j’en touche même quelques-unes, mais elles reviennent toujours se poser au même endroit. Elles seraient pas un peu maso les mouches? Oh oui frappe-moi encore…Je m’épuise à force de me taper le dos avec le revers de la main. Je n’ai pas tenu cinq minutes que je me relève déjà. Tant pis pour le bronzage du dos.
Je cherche un coin au bord de la piscine, qui me semble plus calme que le milieu du gazon. Je choisis une dalle, et à peine installée, une guêpe squatte sur mon genou. Je la balaye d’un revers de main, et elle atterrit dans la piscine. Nananananèèèree. Elle se débat, n’arrive pas à se retourner, ralentit….Nanana….ben mince alors elle se noie! C’est quand elle ne bouge plus que je culpabilise. Je la sors, et en quelques minutes elle vole à nouveau. Feinteeuuuuse!
Je finis par trouver une bonne position, adossée à l’échelle. Seules quelques brindilles d’herbe me chatouillent la cuisse. Je suis si près de la tranquillité absolue…je les arrache. La fourmilière du coin panique soudain. « Mais quelle mouche l’a piquée celle-là?? » La maso, à coup sûr. Toutes au garde à vous, elles établissent un plan d’attaque, phéromones en ébullition, mandibules dehors. Je capte le message. Ok ok je m’en vais. Finalement, il n’y a que dans l’eau que j’aurai la paix! Je fais un aller-retour de brasse coulée, je me relaxe.
Puis Hiro et Balou reviennent de chez le vétérinaire, visiblement ravis d’être rentrés. Rien de tel que quelques petits pipis pour se réapproprier le jardin. Et Balou choisit le coin du transat, là où j’ai posé mon livre et mes lunettes. Je crie, mais le chien est persuadé que je le félicite. T’as vu, bien visé hein!
Il fait trop chaud. Un petit milkshake nous rafraîchirait. Mais on n’a que de la glace à la vanille. Bo-ring! Qu’à cela ne tienne, on va à la supérette du coin chercher des Oreos. Le trajet est épuisant, il fait une chaleur! A peine rentrée, je quitte ma robe en courant et me jette dans la piscine. L’eau est à 27°. Dur…
Fin d’après-midi, encore du temps pour moi. Quelle poisse! Bon, d’accord, j’écris encore. A l’apéro on boit un petit reste de soupe de champagne (il faut bien la finir…). On se régale encore au dîner, au secours!
Reste plus qu’à regarder un bon petit film pour compléter le tableau!
Sainte Onyx

La clinique pompe-à-fric

Quand on entre dans la clinique Andalouss, à Casablanca, on se dit que c’est beau, c’est propre, et ça rassure. En effet jusqu’à preuve du contraire, les soins prodigués ont été professionnels et efficaces. En atteste ma propre expérience, une opération par célioscopie de l’appendicite.
En revanche il serait égoïste de garder pour moi quelques anecdotes croustillantes.
A commencer par l’auscultation qui définira si oui ou non je dois être opérée. Rien qu’au palper, le gastro déclare que c’est sans aucun doute une appendicite. Évidemment si quand on appuie en bas à droite la patiente (donc moi) saute au plafond…il y a peu de place pour le doute. Il me prescrit donc une échographie (bien sûr), un bilan sanguin (d’accord), un ECG (humm ok) et une radio des poumons (…plait-il?). Lors de l’échographie je demande au médecin si ce qu’il voit donne le signal pour l’opération, et il me répond que pas du tout, c’est le palper du gastro qui détermine ça. Mmmm d’accord. Cependant mon appendice est gonflé, et le simple fait qu’il soit visible n’est pas « normal ».
On m’installe dans une chambre le temps d’attendre les résultats du labo. The Chirurgien fait son entrée. Il me récapitule son CV complet, sans oublier les mentions de chacun de ses diplômes, et me tend sa carte, m’invitant à aller visiter son site internet. Wow. The Chirurgien est une star du bistouri. Il m’informe que je serai opérée le lendemain matin. Prix d’une nuit, 60€. Cra-cring! Il procède ensuite à un rapide examen, histoire de connaître mes antécédents, mes allergies, et mon poids. Et là il soulève ma jupe, comme si ce qu’il allait voir dessous allait l’aider à trouver le « juste prix ». Charmant The Chirurgien, pas dragueur pour un sou!
L’hospitalisation commence là, avec la fameuse perf dans la main. On m’apporte une bouteille d’eau, que je n’ai pas le droit de boire. Si comme moi, vous vous grattez le front…dites-vous juste que ça fait ça de plus à facturer.
Et là vous vous demandez pourquoi j’en suis à compter la bouteille d’eau…eh bien parce que je suis vaguement entre deux systèmes d’assurance, ahum! Ça m’a tout de suite fait penser aux pauvres américains qui vendent leur maison pour payer la facture d’hôpital. Et moi qui n’ai même pas de maison à vendre!
L’infirmière se montre excessivement maternelle, pensant peut-être que c’est l’opération qui me stresse. L’opération? Pfff! Le prix de l’opération tu veux dire!! En revanche si elle pouvait arrêter de me traiter comme un poupon en couche-culotte, ça me détendrait. Je fais jeune, mais quand même! En plus je suis sûre qu’elle me doit le respect, côté âge!
L’opération se passe bien. J’ai à peine retiré mon piercing à la langue que l’anesthésiste me fait respirer dans le masque, et m’hypnotise plutôt que de me faire compter. Vous respirez, vous allez dormir. Vous respirez, vous allez dormir. Vous resp……grOOos dodo. 
Puis: …eillez-vous!!! Respirez, réveillez-vous!! Respirez!! C’est à peine s’ils ne me mettent pas des baffes. Si je pouvais, je leur répondrais que je veux bien respirer, vraiment, je ne suis pas contre, et ça n’est pas faute d’essayer. A la place je tousse, je m’étouffe, jusqu’à la grande bouffée à pleins poumons. J’ai les paupières lourdes, je referais bien un petit somme. Mais le bonhomme qui a collé son visage à quelques centimètres du mien n’est pas de cet avis. Il veut que je lui parle. Mais je n’ai rien à lui dire moi! Heureusement son assistante me sauve. Elle me tend mon piercing. Ah ben me voilà toute fraîche.
Vingt minutes après avoir été remontée à la chambre, une infirmière me rend visite. « Aaaaalors, vous allez être opérée par The Chirurgien, ça va bien se passer »…Encore?? C’est à dire que, jusqu’à preuve du contraire, je n’ai qu’un appendice!…Je devais avoir très bonne mine, parce qu’elle a eu du mal à me croire. L’anesthésie me va bien!
L’infirmière-trop-maternelle repasse un peu plus tard: « Est-ce qui vous avi pité? » …Pardon? « Est-ce qui vous avi di gaz? » Ahhhh euh non, pas encore!
Le soir, l’infirmier de nuit passe la tête à ma porte: « Vous rigardi pas li match?? » Ah si pourquoi pas! A la mi-temps il repasse la tête: « C’y bien li Ghana ci qu’ils font! » Quand il est repassé pour changer ma perf on a partagé notre colère pour ce match volé: « C’y toujours comme ça avic lis africains. Ils diçoivent à la dirnière minute ».
Le lendemain, j’attends impatiemment la visite de The Chirurgien pour obtenir mon billet de sortie. Salut Sandie, ça gaze? Eh oh, on n’a pas élevé les cochons ensemble! Et oui ça gaze très bien merci! Il me palpe le ventre deux secondes, puis annonce, triomphant, que je sortirai lundi. Lundi? Mais on est samedi!! Je lui lance mon regard assassin, celui qui parle à ma place et dit: « euh non docteur, ça ne va pas être possible, change-moi cette date tout de suite avant que je m’énerve ». Il me demande quand je veux sortir, je lui répond aujourd’hui. Il me fait un grand sourire hypocrite, et ses yeux à lui disent « ok, ok, tu as gagné »…Il n’insiste pas, n’invoque aucune raison médicale. En revanche il s’est rabougri! N’ayant pas réussi à me facturer deux nuits supplémentaires, il gribouille son ordonnance, la balance sur le lit et quitte la chambre précipitamment. Je vous rassure, je sais qu’il a fait du bon boulot puisqu’il m’a fait cadeau du DVD de l’opération.
En analysant la facture je m’aperçois qu’ils m’ont compté la clim en extra. Je râle (ça marche), et je les questionne sur le terme AMI x 2. Ils ne me feraient pas payer les visites quand même? Non ils n’ont pas osé, AMI, c’est l’assistance médicale infirmière. Bon d’accord. Il faut bien payer la trop-maternelle.
Du coup, entre ma révolte contre The Chirurgien et ma contestation de la facture, je suis devenue en cinq minutes The Enquiquineuse de l’étage, et l’infirmière m’arrache pratiquement la perf au moment de partir. J’enveloppe ma pauvre main gauche qui a triplé de volume, et je pars la tête haute. Même pas mal! (Enfin si, très mal, mais il faut rester noble! ;-)