Lettre de rupture

ruptureTu fais partie intégrante de ma vie. J’ai été exigeante. Je t’ai voulu à la pointe de la pointe. Pas seulement beau, mais aussi fort, puissant même! Et puis moderne, un brin frimeur.

J’ai mis beaucoup d’espoir en toi, dès le début. Je te voyais déjà révolutionner ma vision du progrès, encourager ma créativité, soutenir mes projets! Je t’ai aime, montré, j’ai cru en toi, j’ai été fière de toi.

On est partis ensemble au bout du monde, et tu m’as suivi partout sans rechigner, malgré ton léger surpoids (si si, personne n’en parle pour ne pas te vexer mais c’est une réalité). J’ai vraiment essayé de m’occuper de toi, te dorloter, entretenir le dialogue pour comprendre où tu avais mal et pourquoi.

Pourtant on ne peut renier sa nature profonde…et celle-ci t’avait condamné dès le départ.

Aujourd’hui, après toutes ces aventures, dont certaines t’ont un peu cabossé, je veux effacer ta mémoire. Tout reprendre à zéro, parce que je t’ai submergé. Tu passes ton temps à souffler, tu ne m’écoute plus, tu prends des plombes à répondre dès que je te demande le moindre truc, je sens bien que je tape sur le système. Mais tu sais quoi? Toi aussi tu m’énerves! Je t’en veux de me lâcher, mais il faut bien que je t’avoue, à force de me compliquer la vie, tu m’as poussé dans les bras d’un autre (et j’aime autant te dire, pas n’importe lequel). Celui pour qui je n’aurais jamais pensé succomber. Je ne me permettais même pas d’y penser, parce que je trouvais ridicule que tout monde craque sur lui. Alors c’est vrai, il est plutôt canon, mais surtout il est simple. Et c’est pour ça que je vais franchir le pas. J’en ai ma claque de me prendre la tête avec toi, de perdre mon temps! Je veux quelque chose qui marche, tu peux comprendre ça?

Entre lui et moi ça n’est qu’une question de temps (et un peu d’argent aussi c’est vrai, parce qu’il est quand même vachement snob). Mais je vais oser.

Alors quittons-nous en bons termes, avant qu’il ne soit trop tard, que je te dise des choses que je ne pense pas et que tu vires au pathétique. Alors par pitié sois raisonnable et avançons main dans la main pour traverser cette étape difficile. Et pour l’amour du ciel, arrête de planter PUTAIN d’ordinateur!

Le père-Noël en banquiseroute

La trottinette est-elle en passe de remplacer Rudolph?

Noël. La dinde, la bûche, des flocons sur les fenêtres et des étoiles sur les sapins. Le monde entier s’y prépare. On stock des victuailles, (au passage on laisse sa conscience écolo au placard en achetant trois blocs de foie gras), on gratte des cartes de vœux, on enguirlande le salon. Et on écrit sa liste. Pourtant celui à qui elle est destinée, celui sur qui tout le monde compte mais que personne ne remarque ne fera peut-être pas partie du décor cette année. Celui que Coca Cola a habillé de rouge et de blanc, et que Greenpeace révèle en clochard. Le père-Noël ne fait pas grève, ce n’est pas son genre. Non, le père-Noël est en faillite, dans l’incapacité de résoudre l’équation d’une population sans cesse grandissante (bientôt 7 milliards d’habitants), et d’un territoire en constant rétrécissement.

Couvert de dettes, il s’est retrouvé dans l’obligation de vendre ses parts de marché à Coca, qui est maintenant actionnaire majoritaire de l’entreprise Xmas. Le service Fusion et Acquisitions de la multinationale s’est dit « ravi que cette affaire soit enfin réglée, et que le père-Noël ait accepté de prendre une décision sensée ». De son côté, le père-Noël s’avoue « vaincu et à bout ». Il a précisé qu’il serait « insupportable de voir les rennes  mâchouiller de l’avoine rance dans des enclos surpeuplés, ou les elfes se battre pour une soupe édulcorée dans la queue de l’Armée du Salut. Noël pousse à la consommation. C’est bon pour le marché. Ça assure le bonheur des enfants, ce qui fait le bonheur des parents ».

L’entreprise Xmas loue donc désormais sa terre et sa capacité industrielle au père-Noël en tant que co-signataire. Cette solution temporaire devrait lui permettre de faire face à la demande jusqu’en 2020, date à laquelle son contrat devra être renégocié. Cependant les coupes budgétaires nécessaires à cette fusion ont eu pour conséquence  la délocalisation de sa logistique de livraison. D’autre part, la fonte des glaces plonge les elfes dans le désarroi et les oblige à quémander le statut de réfugié climatique. C’est donc à contrecœur que Xmas est en négociation pour la sous-traitance de sa main d’oeuvre de fabrication dans des pays connus pour leur tarifs imbattables, et ce dès l’année prochaine.

Est-ce vraiment étonnant? Pouvait-on réellement espérer que la magie divertissante de Noël échappe à la crise qui fouette le monde ces dernières années? Oh (oh-oh) on peut y croire encore un peu si vous voulez. Tout comme on a cru au père-Noël. On enfile des œillères, et on fonce tête baissée vers la joie et l’allégresse des « fêtes », histoire de pouvoir étaler notre caviar sur un toast sans arrière pensée.

Londres d’un doute

C’est toujours très difficile de résumer les deux premiers mois d’une installation, parce que ce sont souvent les plus intenses. Tout redémarrer, partir de zéro, je commence à connaître. La première fois que S&S a évoqué Londres comme habitat en 2011, on est venu passer quelques jours chez une amie, et j’ai beaucoup aimé l’atmosphère un peu folle de la ville. Le projet s’est concrétisé pendant que nous vivions en Nouvelle-Zélande, loin de tout et à l’opposé de cette ambiance de capitale pressée. Quelques mois avant l’installation, ce projet londonien a commencé à me faire un peu peur. Je n’étais plus très sûre d’avoir l’énergie nécessaire pour me battre dans la fosse citadine. Mais au final c’est un nouveau challenge et vu sous cet angle, il ne me reste plus qu’à le relever.

Tower Bridge, littéralement à 3 minutes à pied de chez nous
Tower Bridge, littéralement à 3 minutes à pied de chez nous

D’abord, l’appartement. J’adorerais dire que les gens ont tort, mais non, tout le monde avait raison. Londres est incroyablement cher et Londres est incroyablement étendu. Il ne suffit pas vraiment de choisir le coin où on aimerait habiter parce que si par malheur on se retrouve à bosser à l’opposé, on risque de perdre plus de 2h dans les transports quotidiennement. On s’est mis en quête d’une colocation, avec dans l’idée une grande maison pleine de gens sympas qui cuisinent ensemble de temps en temps, se crient des blagues entre deux portes et descendent boire des pintes au pub du coin. Au lieu de quoi TOUT ce qu’on a trouvé (sans exception) sont des « fausses » colocations, organisées par une tiers personne qui n’habite pas l’appartement. Résultat, on habite avec deux charmants courants d’air. Je les vois si peu qu’il m’a fallu deux semaines pour retenir un prénom. Mais l’appartement est idéalement situé (Tower Bridge), juste à côté de Saint Katharine Docks. On voit même les mâts des bateaux se balancer depuis la fenêtre de la cuisine. Et puis c’est confortable, lumineux, notre chambre donne sur un parc et on a même un balcon avec barbecue (oui oui on grillera des saucisses cet hiver, même quand il fera nuit à 15h30).

St Katharine Docks
St Katharine Docks

Au final, on a cherché deux semaines, visité 5 appartements, dont 4 taudis, et un qu’on aurait bien pris mais où on nous a dit que finalement, un couple, ça n’allait pas le faire (merci de nous avoir fait perdre 2h30 et £7 de transport).

Avec notre appart’ actuel, on a vraiment cru au canular. Un pseudo agent européen de l’Est et une administratrice chinoise qui demande à être payée en euros sur un compte en Suisse…ça vous inspire, vous? Comme Steph est étudiant et que j’étais sans emploi, on a du payer 6 mois de loyer en avance. Heureusement que la bohémienne que je suis avait un cochon à casser! Du coup on a quand même été très soulagé d’avoir les clés et de poser nos valises. Maintenant on est tranquille jusqu’en avril, et c’est à moi qu’on paye le loyer tous les mois.

Londres et son Shard
Londres et son Shard

Journal de bord #13 : Les pieds sur terre

Terre à l’horizon!

Mardi 21 mai – JOUR 12. Le dernier jour de ce périple était le seul dont j’arrivais à me dépeindre une image…qui s’est avérée être très différente de la réalité.

Le mauvais temps a commencé à nous rattraper en fin de journée hier. Je m’attendais à naviguer à l’abri du vent, à travers des îlots tropicaux, découvrant les premières beautés de Tonga. Au lieu de quoi nous avons été retournés comme des crêpes toute la journée, outrepassant l’apéro sur le pont, les chips gardées pour le premier cri de « terre à l’horizon », la soupe avec les restes de poisson.

Une fois n’est pas coutume, notre écoutille était encore ouverte et la couche a reçu un nouveau seau d’eau, sans personne en dessous cette fois.

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Ce morceau de terre…c’est Tofua

Quant aux terres, on en a bien vu, mais de loin et dans le brouillard. Juste de quoi deviner des îlots plus ou moins larges, à l’exception de deux grandes îles sauvages et inhabitées, Tofua et Kao.

On a dépassé le groupe des Ha’apai, empruntant un passage qui semblait étroit sur la carte, mais qui ne nous a pas permis de voir plus que la découpe des arbres au loin.

Ross nous informe qu’à l’approche de Vava’u, le bateau navigue généralement dans un canal assez étroit avec la côte à l’est et des récifs à l’ouest. Mais la nuit est déjà tombée et le vent souffle de plus en plus fort. Ross ne s’y risque pas et préfère contourner les récifs par l’ouest. Une première tempête nous dépasse de peu, mais la seconde nous frappe par l’arrière. Pluie et éclairs sont au rendez-vous, de quoi finir en beauté!

L’arrivée nocturne

À minuit et demi, nous sommes de nouveau légèrement abrités par la côte d’une île à l’est. Mais nous devrions passer encore une zone de turbulence avant l’approche finale vers le port de Neiafu. D’après l’ordinateur en face de moi, nous serons en eaux calmes d’ici environ deux heures. Ensuite soit on ancre (si ce n’est pas trop profond), soit on tourne en rond pour le reste de la nuit avant d’appeler la douane le matin.

IMG_6145Dans quelques heures nous devrions reposer le pied à terre, après 12 jours de traversée, et une épopée plus que surprenante.

Ross m’appelle sur le pont pour me montrer la terre, toute proche! Une large masse sombre s’étend à l’est, on devine plusieurs criques. Le tout est touffu, couvert d’arbres. Un peu plus loin, les lumières de Vava’u apparaissent très nettement, semblant proches et lointaines à la fois. Finalement ce  n’est pas si mal d’avoir cette vision de nuit, plutôt que sous la grisaille et derrière le brouillard d’une tempête tropicale!

1h40. Nous sommes désormais à l’abri du mauvais temps. Nous naviguons entre une dizaine d’îlots, certains arborent des falaises abruptes, d’autres renferment des caves et des lagons. De nuit, c’est un décor très mystérieux. À l’ouest, on vient de dépasser les quelques lumières d’un des villages les plus reculés. Ross cherche un point d’ancrage pour la nuit.

Finalement nous accostons au port à 3h du matin. Nous n’avons donc pas vu les îlots alentour à la lumière du jour, mais sommes passés d’un océan mouvementé à un pied à terre, presque sans passer par la case « terre à l’horizon ». Tout le monde est allé se coucher après avoir hissé le drapeau du pays d’accueil et le drapeau jaune pour indiquer le statut de quarantaine.

Après une courte nuit, nous avons préparé et nettoyé le bateau pour le passage du personnel de douane, qui trouve le moyen de nous extorqu-euh…taxer quelques paquets de tabac, du matériel de plongée et les pneus qui nous on servis d’ancre de mer (qu’on va sûrement retrouver sur une jeep ici, bien qu’ils soient plus lisses qu’une patinoire). Enfin, l’agent du service santé vient faire son petit tour. Encore des papiers à remplir, des pots de vin, et nous voilà tamponnés pour un mois.

TONGA here we are!

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Merci d’avoir suivi cette aventure unique avec nous!

neverending sunset

Journal de bord #12 : Le vent, ça rend fou

Pas assez de vent, trop de vent…

IMG_6134Lundi 20 mai – JOUR 11. 2h. Je viens de terminer mon shift. Je passe aux toilettes avant d’aller me coucher. Avec la houle la porte se claque sur ma main, plus précisément l’annulaire, sur lequel trônait ma bague en os, cassée en deux. Dégoûtée, mais il faut bien avouer qu’elle a sauvé mon doigt en se brisant.

3h. Un seau d’eau salée me réveille brutalement. On a laissé notre écoutille ouverte et une vague vient de recouvrir l’avant du bateau. Je sursaute et me relève sur la couche, trempée. La drôlerie de la situation ne m’échappe pas, même si sur le moment je dois essorer vêtements et cheveux, éponger les draps. Heureusement l’eau n’est pas froide, mais je colle affreusement.

Première terre à l'horizon!
Première terre à l’horizon!

Le mercure grimpe ostensiblement. 31°, et une mer toujours calme. On devra peut-être rallonger notre ETA (estimated time of arrival) de deux jours si on manque d’essence on qu’on doit dépendre des voiles. Du coup S&S est chargé de faire un inventaire de la nourriture restante et de mettre en place des menus, rations obligent. On va aussi devoir faire attention à l’eau. La seconde réserve s’écoule à toute vitesse, il nous en reste tout juste une moitié.

On prend un peu de vitesse dans l’après-midi, sûrement grâce à un courant. Vers 17h on aperçoit un cargo à tribord, si énorme qu’on dirait une plateforme flottante. Même pas un quart d’heure plus tard, on distingue un tout petit morceau de terre à l’horizon, si effacé qu’on le prendrait pour un nuage. C’est Tongatapu, premier groupement d’îles de Tonga. En théorie, si le moteur ne nous fait pas défaut, on devrait mettre 24h à rallier Vava’u. Une fois la nuit tombée, on voit les lumières du phare de la capitale Nuku Alofa, d’où part notre vol dans un mois, jour pour jour.

Si même le matériel s’y met!

Je viens d’être interrompue par un « nervous breakdown » de l’autopilote. J’ai senti le vent tourner radicalement avant de comprendre que la barre était immobile et que le bateau tournait en rond. Je me suis précipitée pour redresser sur notre position de 20° mais Ross a déboulé aussi sec. Après m’avoir accusée à tort d’avoir déréglé quelque chose, il a compris que l’autopilote s’était désactivé tout seul, car le bateau n’avance pas assez vite.

Une semaine après la tempête, me revoilà harnachée sur le pont, bravant un vent de face à 30 nœuds et une houle de plus en plus sérieuse. Effectivement si l’autopilote repète un câble dans une météo pareille, rien de plus facile que de passer par dessus bord, où l’océan ne fera qu’une bouchée de moi! Normalement ça ne devrait pas se reproduire, car Ross a augmenté notre vitesse, du même coup consommant plus de notre précieux fuel. Décidément, le vent n’aura pas été notre allié dans cette aventure.

Steph vérifie l'hameçon
Steph vérifie l’hameçon
Encore une occasion de se retrouver à table
Encore une occasion de se retrouver à table

 

Inventaire la tête dans le frigo
Inventaire la tête dans le frigo
Vérification des chartes
Vérification des chartes

ENGLISH corner : read Stephane’s contribution

We can sense them – the islands – they’re close and we’ve battled too hard in too short a distance – implying that we are painfully behind schedule – to not feel the anticipation mount among the crew. And that’s what’s it has become, a crew. What used to be a well-oiled machine, is still a well-oiled machine but looks more like an ant colony now. We’ve gotten to know each other quite well and otherwise intimate details are now a secret to no one, like how you like your tea, coffee, or rum.

Earlier this morning, we made slow progress and hit nose winds of up to 30 knots. Same average speeds, yes, but not quite the right direction. Motion is not a worry usually, but the waves made my innards move up and down in the most unpleasant of ways. The decision to muster the will to crash in the galley that night was a serendipitous one, as we left the hatch open in our cabin allowing a wave to crash in and dump a bucket’s worth of seawater on Sandie during her unbothered slumber. Later, during her shift, she’d almost get her finger crushed by a slamming door. The mock engagement ring I had carved for her bore the grunt of the shock. We made 5 miles in four hours.

While we were still motoring and had far exceeded our predicted rate of fuel consumption, we made contingency plans and rationed whatever was left, just in case. We’re less than 36 hours from port and sailing could add 2 or 3 days to that count, I reminded myself we were already 2 or 3 days late. It’s life as usual on the sea, planning for the next thing, the next test. It’s been epic so far, still, all good things must come to an end.

As night fell we came in range of Duff Reef and Ha’atofu island and the lighthouse on Tongatapu moments later. Darren was the first to spot land – I thought I was, but it was a container ship. This merited another rum. Practically every day something had come up, but this was it. Now we can cruise alongside the Tonga archipelago.

Although this comes as great news, and another source of marvel, this discovery will make navigation more challenging. Out in the open ocean, we check the charts every day or so. Now we’re plotting every two hours and making adjustments to our course, avoiding reefs, currents and atolls. It’s no time to grow complacent, plus there is more adventure, we’re docking in Vava’u.