Je fête, tu fêtes, il fête…

Chaque jour est une occasion de faire la fête, petite ou grande! La preuve:
Lundi soir, Rahul nous a convié chez lui pour célébrer son 23ème anniversaire. Assis en rond autour d’une table remplie de snacks, nous sirotons quelques tasses de chaï. Au moins la moitié des profs de l’école sont présents, ainsi que la mère, la soeur, la cousine (la tante, l’autre cousine…) de Rahul.
En grignotant avec parcimonie (qui ça?), je comprends enfin pourquoi les desserts et pâtisseries sont si sucrés. C’est évidement pour compenser les plats si épicés! Je constate que tout est soit épicé (lire piquant) soit trèèèès sucré. Les snacks ne dérogent pas à la règle, des chips aux cacahuètes en passant par les biscuits secs, tout vous met la bouche en feu. D’où le chaï en accompagnement, thé au lait (ou lait au thé?) très sucré.
Rahul monte le son, un mélange de vieux tubes techno des années 90 et de thèmes de Bollywood, et lance le jeu de la soirée: Action ou vérité!
Alors à l’indienne ça se joue pareil, sauf que pour la section vérité, rares (voire inexistantes) sont les questions auxquelles nous sommes habitués, (je ne vous fais pas de dessin)…A Lata, qui était là avec son mari, j’ai demandé: – « comment as-tu rencontré Gaupi? » – « Il connaissait mon frère. Il est venu se présenter, a parlé pendant 2 heures, j’ai écouté. 2 semaines plus tard nous nous sommes mariés ».
Ça calme! Mais je vous rassure, tout ça se dit dans une ambiance guillerette.
Côté action, l’esprit est le même, avec la touche locale bien sûr! Mon gage était donc de danser du Punjabi avec un turban et une barbe dessinée au rouge à lèvres.
Le lendemain nous avons dîné chez Rajesh, le directeur de l’école. Il avait cuisiné, entre autre, du poulet! Immanquable, me dis-je! Pas si vite…encore va-t-il falloir tolérer les épices. Le poulet est mariné dans une sauce au chili rouge, ahum! Rajesh Sir nous rassure, il a mis un tiers de la dose normale. Je croque donc ma cuisse (enfin celle de mon poulet) à pleines dents, remplie de courage. Une déglutition plus tard, je ne sais pas où a bien pu partir mon courage, mais moi je suis rouge écrevisse, mes oreilles fument, mes yeux pleurent…et là, c’est le drame. Vous imaginez la scène…dans ces cas-là on est tous pareil, on essaye de faire semblant que tout va bien. Sauf que je n’ai pas pu prononcer un mot dans le quart d’heure qui a suivi, et que ça, pas  besoin de me connaître depuis longtemps pour savoir que ça n’est pas normal.
Finalement Rajesh me sert un lassi, mélange froid de lait et yaourt parfumé à la pistache, et la magie opère. J’avais vu juste, le sucre pour apaiser les épices! C’est bien plus efficace que l’eau (ou encore la bière, que l’on m’a conseillé d’essayer mais qui n’a fait qu’empirer la situation).
Ce soir-là on a regardé le très artistique Sita Sings The Blues de Nina Paley, film d’animation illustrant des légendes indiennes.
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Mercredi soir nous avons assisté à notre premier mariage indien. L’invitation ayant été faite à la dernière minute, nous n’avons pas eu le temps de nous équiper en sari. Sans regret, j’ai gardé mon manteau toute la soirée. La réception avait lieu dans une grande cour extérieure, entièrement décorée de tissus, lumières et tentes. Le buffet (accrochez-vous) fait tout le tour de la cour. Un peu comme pour une fête de village. Je  me demande s’il existe un plat qu’il n’y avait pas ce soir-là!! Il y a des dizaines de stands, des plats principaux aux snacks en passant par les sauces, les pâtisseries et les salades de fruits. A chaque stand les cuisiniers préparent au fur et à mesure, quelques-uns au centre de la cour font du pain, que dis-je des pains, au moins 6 ou 7 sortes différents!
Il est donc pratiquement impossible de grignoter ça et là…seule une bonne stratégie permet d’exploiter ce buffet correctement, parole d’experte!
On boit du café expresso, du lait chaud parfumé aux amandes, de la soupe de tomate (pas épicée selon les indiens)…En revanche on ne trouve pas une goutte d’alcool.
Vers 21h30, le marié fait son entrée. Il est porté sur un palanquin, devant lequel défilent famille et amis en dansant. La mariée rejoindra le groupe plus tard, et beaucoup plus discrètement, le mariage étant centré sur l’homme. Des enfants tiennent un chemin de lumière qui avance avec la marée humaine, des musiciens en uniforme jouent de la trompette. Évidemment étant les seules étrangères, Sandra, Natalia et moi avons été repérées très rapidement, et tirées pour danser avec le peloton de tête déchaîné. Impossible de s’échapper, impossible de s’arrêter, et ce pendant une bonne demi-heure! Emportées pas la foule, qui s’élance et qui danse…
A la première occasion on s’est éclipsé pour retourner picorer!
Quelques élèves de l’école étaient là et nous ont présenté leurs parents, oncles et tantes, etc. Des animateurs ont aussi veillé à ce que nous soyons toujours divertis: un n…homme-de-petite-taille déguisé en joker, des personnages avec des grosses têtes, un conteur-poète qui faisait des rimes sur les gens…
Nous n’avons pas attendu pour assister à la cérémonie de l’union, celle-ci se déroulant très tard dans la nuit., mais à en croire nos amis du coin, c’est une suite de long discours, en vieil hindi, que parfois même les futures époux ne comprennent pas.
                                             
                                            
Pour finir, ce soir nous avons organisé une soirée ciné avec quelques amis profs. L’école possède un rétro-projecteur sur lequel nous avons visionné le Magicien d’Oz. Nous adaptons la pièce avec les enfants et c’est pourquoi nous voulions montrer le film à Gautam, prof de théâtre. Soirée ciné oblige, nous avons popé du corn…eh bien croyez-le ou non, même le pop-corn est épicé (saveur « chili surprise »)!!
La citation du jour, tirée du Magicien d’Oz:
Hearts will never be practical until they can be made unbreakable! »

Un mot sur l’éducation

Deux étudiants de Calcutta sont en ce moment à l’école pour tourner un documentaire. Ils filment les classes, les activités, interviewent les parents et les professeurs. Je me suis prêtée au jeu ce matin, moi qui d’ordinaire suis également de l’autre côté de la caméra. Je n’ai pas trouvé ça facile de débattre des avantages et inconvénients du système progressif. D’autant plus que j’ai beau participer à l’élaboration de ce système ici même, plus j’en parle et plus je m’aperçois que ma manière de voir les choses est plutôt traditionnelle! Comme pour tout, je vote pour l’équilibre. Une discipline militaire n’est peut-être pas nécessaire, en revanche laisser aux enfants le choix des matières trop tôt est une fausse liberté. En apparence on les laisse libre de s’épanouir dans ce qu’ils aiment faire. En réalité on ne leur donne même pas la possibilité d’apprendre à aimer autre chose! Quel enfant choisira d’instinct les mathématiques par choix entre 6 et 12 ans, s’il n’a jamais appris ses multiplications? Est-ce que la géographie est attrayante quand on doit retenir par cœur les fleuves de notre pays?
Mon intervieweuse creuse: « comment définir alors quelles matières sont indispensables »…là je sèche. Je ne suis pas spécialisée dans l’éducation, et quand j’y pense je trouve que le système dont je suis issue est bien fait. Le but de l’école n’est pas seulement de nous aider à nous épanouir dans un sujet particulier, c’est aussi et surtout de nous donner les clés du monde dans lequel nous vivons.
Est-ce que je considère que mon cours de danse devrait être obligatoire? Non! La danse classique est féminine, c’est indiscutable, et je ne vois pas l’intérêt de l’imposer aux garçons. Certains aimeront, et tant mieux, mais pas tous, et il n’y a rien d’étrange à cela. En revanche je ne vois aucun inconvénient à ce que l’expression corporelle, comparable à un exercice de théâtre, soit obligatoire, un peu comme l’est le sport.
Qu’en est-il des cours de langue étrangère? Après une semaine d’observation, nous avons pu constater que les professeurs parlent et répondent en hindi durant le cours d’anglais. L’usage de la langue maternelle dans un cours de langue étrangère n’est absolument pas nécessaire. Suite à nos commentaires, les professeurs se défendent; s’ils ne traduisent pas, les enfants ne comprennent pas. Évidemment je ne suis pas d’accord, et je soutiens que traduire est juste la solution la plus simple. Il y a 1000 autres façons de faire comprendre à un enfant ce qu’est une fenêtre. On peut montrer, dessiner, définir avec d’autres mots…
La discipline est aussi tout un chapitre. Où est la frontière entre sévérité et laxisme? N’est-ce pas le propre même d’un enfant de chercher à définir où sont les limites? Et comment est-il sensé être confronté à des limites si personne ne les pose? L’école est aussi un cadre où s’enseignent les valeurs morales, le respect, l’attention, la politesse.
Enfin, le plus gros défi du système progressiste est de gagner la confiance des parents. Contrairement au programme traditionnel, les notations sont pratiquement inexistantes, et les moyens de contrôler le progrès de son enfant sont donc limités. Pushp Niketan espère faire ses preuves dans le temps. L’école n’a que 5 ans, et chaque année ouvre un nouveau niveau. Dans quelques années seulement nous serons en mesure de dire si les enfants qui ont suivi ce programme ont les mêmes chances que d’autres dans les concours d’universités et lors des entretiens d’embauche.
Seulement à ce moment-là pourrons-nous constater les bienfaits de l’épanouissement tant convoité.
                                    

Parler du temps et de l’amour

En fin d’après-midi, Natalia et moi étions conviées à prendre un chaï chez Gautam. Son père travaille à l’usine de sucre, il habite donc dans le complexe avec sa famille (père, mère, petit frère, cousins…and God knows who else!)
Il nous montre des photos du mariage de son frère, de sa famille au grand complet, de lui plus jeune. On s’aperçoit qu’à chaque fois qu’on lui pose une question relative au temps, il hésite, et parfois ne connaît pas la réponse. Il croit avoir 25 ans, demande à sa mère de confirmer l’âge de son frère. Il nous explique que se préoccuper du temps qui passe, c’est se compliquer la vie. Gautam n’a pas envie de s’embarrasser avec des dates et des chronologies. Il préfère se concentrer sur l’espace, et sa liberté au sein de ce même espace.
Il nous montre la vue depuis la terrasse de son immeuble. En contrebas, les habitants se sont réunis pour monter le décor d’un mariage, qui aura lieu demain.
Il nous confie que sa mère commence à lui chercher une femme. En réalité il reçoit des profils et des « propositions » depuis qu’il a fini l’école. Mais Gautam est chanceux, sa famille est très ouverte d’esprit et il se sent libre de choisir la partenaire qui lui conviendra. Pour l’instant cette pensée est source de soucis. Il ne veut pas commettre les mêmes erreurs que son frère. On n’en saura pas beaucoup plus, mais on se doute que ce mariage arrangé ne fait pas partie des exemples réussis.
C’est avec romantisme que Gautam évoque son éventuelle partenaire de vie. En Inde le flirt n’est pas répandu, et deux jeunes gens qui se plaisent n’ont pas le droit de le montrer. Pas évident pour sonder une personne avant de faire un choix!
En occident, la conception du mariage et de la vie de couple sont très différentes. Et ce que Gautam en sait, c’est ce que la télé lui a montré. Alors forcément il a des questions. Y répondre a été un exercice que j’ai trouvé intéressant et troublant à la fois. Quand les traditions sont si éloignées, il faut repartir de la base pour se faire comprendre. Dire que le mariage est beaucoup plus libre chez nous ne suffit pas. Contrairement à l’Inde, nous ne sommes plus unifiés par la religion. Ainsi le rituel du mariage est propre à chaque religion, multipliant les possibilités. Ici la date du mariage ne se décide pas au hasard. Elle est calculée en fonction des astres. D’autre part, la majorité d’entre nous ne vivent plus dans des familles multi-générationnelles. En Inde, si le fils ne se marie pas, qui va s’occuper des parents?
La notion de concubinage lui est complètement étrangère, et on voit bien à son sourcil relevé qu’il n’intègre pas complètement le principe. Pire encore, quand on évoque que certaines personnes restent longtemps ensemble sans savoir s’ils sont « partenaires de vie »…Gautam comprend, mais sa manière simple de conclure que a+b=c nous donne envie d’aborder tous nos problèmes avec un regard nouveau, le fameux « pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? »
Vous constaterez que jamais on n’évoque l’amour, même si ici comme partout, on espère qu’il fera partie de l’équation. Mais on reste pudique. Si amour il y a, ça ne regarde personne!
Le toit de l’immeuble est un formidable terrain pour les photos artistiques

Allo l’ouest, ici l’Inde!

Namaste! 2 semaines après être arrivée, je suis enfin prête à livrer mes premières impressions. J’avoue que les premiers jours je me suis demandée si j’allais tenir un blog…je l’avais pourtant promis, et je sais par expérience que ça aide beaucoup à garder le contact, mais la phase d’accoutumance est peu propice à l’inspiration !

Je n’ai honnêtement pas vécu de « choc culturel », et aussi étrange que cela puisse paraître, je pense que je le dois à mes nombreux séjours au Maroc. Je ne fais évidemment pas de comparaison hâtive entre les deux pays, mais on retrouve au Maroc toutes ces petites choses qui peuvent choquer un « westerner » la première fois. Tout est juste plus intense en Inde.
Je dirais plutôt que mon adaptation se fait par paliers, et dans la même journée j’ai connu l’euphorie, la déception, la fainéantise, la curiosité, l’agacement…
Au final bien plus de points positifs que de points négatifs, les moins étant des plus dans l’expérience ;-)
Ce qui m’a bloqué pour commencer à écrire et partager, c’était que je ne savais pas par où commencer !!!! Et si je commençais par répondre aux questions que vous m’avez posées ?
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Comment s’est passé le voyage ?
Mon vol a été annulé au départ de Paris…Finalement British Airways a transféré mon billet sur Finnair, et donc au lieu de transiter par Londres, j’ai passé 6 heures à Helsinki. Le plus stressant était de parvenir à prévenir mon contact en Inde pour qu’il puisse venir me chercher.
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Est-ce que tu as pu retrouver les personnes qui venaient te chercher et t’accompagner jusqu’à l’école?
Oui, j’ai passé 48h à Delhi, chez Bindu Goel, la fondatrice de l’école (et accessoirement la femme d’un des co-directeurs de l’usine de sucre qui finance l’école). Pour arriver chez eux on traverse des parties de la ville qui sont extrêmement pauvres, mais une fois dans l’enceinte de leur propriété c’est le luxe absolu. J’étais mieux traitée que la reine d’Angleterre ! (Non pas que je puisse réellement comparer avec un séjour à Buckingham).
Je n’aurais dû rester qu’un jour mais j’ai raté mon train, le chauffeur qui m’emmenait ayant supposé que mon train aurait forcément 30 minutes de retard minimum. Manque de bol il était à l’heure, nous pas. C’est un exemple assez typique du IST (Indian Standard Time). 98% du temps les trains sont en retard, donc les gens prennent ce retard en compte dans leur calcul pour être « à l’heure » !
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La gare de Moradabad
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A quoi ressemble Dhampur, l’école?
La ville de Dhampur est entourée de champs de canne à sucre. Construites autour d’une petite place centrale, les rues serpentent, étroites et labyrinthiques. L’école Pushp Niketan (ça veut dire jardin de fleurs) se trouve au sein du complexe de l’usine Dhampur Sugar Mill, qui comprend aussi des habitations pour les ouvriers et leur famille.
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Comment est ta chambre?
Rudimentaire est le mot je pense. Les premières 10 minutes j’avoue avoir retenu ma respiration, plus à cause de l’odeur de naphtaline que par panique ! Ça sentait tellement fort que j’ai cru que c’était de l’essence. La première chose que j’ai achetée l’après-midi même est donc de l’encens.
Le matelas est fin, dur et très vieux surtout, mais les autres meubles sont suffisants.
J’ai une grande salle de bain avec 2 seaux, un pour la douche et un pour laver mon linge, que j’étends généralement sur le toit-terrasse, comme tout le monde. Mon tube néon ne s’allume pas toujours (voltage trop bas), l’eau chaude ne vient qu’en petite quantité, les coupures d’électricité sont fréquentes, MAIS j’ai de quoi prendre mon petit déjeuner dans ma chambre : bouilloire et toaster.
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Y-a-t’il d’autres volontaires ?
Sandra vient de Malte, c’est une amoureuse de l’Inde très expérimentée en volontariat, et Natalia est américaine mais a plutôt un accent british (go figure). Sandra est arrivée la première, puis moi, puis Natalia. On s’est assez vite habituées l’une à l’autre et heureusement parce qu’on passe beaucoup de temps ensemble ! Moi j’ai ma chambre au rez-de-chaussée, elles au 1er, là ou se trouve aussi notre cuisine commune. 3 familles habitent aussi dans notre bâtiment, tous profs à l’école, tous avec des enfants.
Enfin, Michael, prof de musique américain, est aussi un volontaire étranger, mais je considère qu’il fait partie intégrante de l’équipe enseignante étant donné qu’il est ici depuis août et compte rester…le plus longtemps possible.
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Me, Sandra, Nisha, Natalia pendant Republic Day 
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De haut en bas et gauche à droite: Michael, Sandra, Me, Rajesh, Nisha, Natalia
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Et la nourriture?
Ha !! Je reviendrai souvent sur ce chapitre, et en me connaissant bien, on n’est pas surpris ! Les tout premiers plats que j’ai goûtés à Delhi étaient évidemment délicieux.
Arrivée à Dhampur l’école prenait en charge mes repas la première semaine. Et contre toute attente, j’ai pu manger « relativement » épicé sans problème. C’était très pratique de ne pas avoir à partir à l’assaut du marché tout de suite, en revanche au bout d’une semaine j’avais hâte de commencer à cuisiner ! Le service de cantine nous sert toujours la même chose, riz, chapati, dâl (lentilles).
Nous faisons maintenant les courses et la cuisine en commun, c’est beaucoup plus simple surtout qu’on a très peu d’ustensiles et de place pour préparer.
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On mange à l’indienne, avec la main droite : l’index, le majeur et l’auriculaire servent de cuillère et le pouce pousse la boulette de nourriture dans la bouche.
Je me suis découvert une véritable passion pour les pâtisseries, et il y en a tellement que je pourrai sûrement en goûter une nouvelle tous les jours jusqu’à mon départ. Mes préférées à date sont le barfi (gâteau) aux amandes, le fameux gulab jamoun, une boule de pâte frite et trempée dans du sirop de rose, ou encore le white rasgoula, une sorte de pain trempé dans du lait sucré.
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Préparation du gulab jamoun  
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La majorité des gens sont végétariens, donc manger du poisson ou du poulet est assez luxe. Mais quand on en trouve c’est frais de chez frais !
Le laitier (doodwalla) nous dépose un demi-litre de lait de vache fraîchement trait tous les soirs.
Le choix de légumes est restreint parce qu’on ne mange que ce qui est de saison, mais au moins c’est écolo. Pour les fruits en ce moment c’est surtout papaye, goyave, banane…
On goûte souvent des snacks, sucrés ou salés, dans la rue, comme le chow mein, plat de nouilles aux légumes épicé. Et NON je ne suis pas encore malade (et je touche du bois en disant ça).
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Dégustation de chow mein avec Gautam
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As-tu commencé tes cours?
Pas vraiment !! Le pays a été frappé par des températures très basses comparé aux habitudes, et le gouvernement a ordonné la fermeture des écoles. La rentrée n’a eu lieu que lundi (25 janvier), malgré quelques tentatives la semaine dernière (il a fait chaud mardi, on a ouvert mercredi, il a refait froid jeudi, on a fermé vendredi…)
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Combien d’élèves as-tu dans ta classe?
Je n’ai pas de classe, je m’occupe de plusieurs niveaux. Il a environ 250 élèves, de 2 ans et demi à 12 ans : « foundation » « nursery » et « kindergarden », puis classe 1 à 6. Moi je ne travaillerai pas directement avec les tout petits.
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Natalia et moi payons une visite à la classe de Rahul
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Que leur fais-tu faire?
A cette question je ne pourrai répondre qu’approximativement, et ça amènera le sujet sensible, mon adaptation à la désorganisation la plus totale. En réalité tous les volontaires sont là pour apporter leur contribution artistique ou créative en assistant ou complétant les cours des profs. Le cours de danse classique que je propose n’existant pas, il n’est pas encore mis en place. Dans la « structure » actuelle de l’école (si on peut vraiment parler de structure), je sers surtout de prof d’informatique, avec la classe des plus grands, qui heureusement ne consiste qu’en 10 élèves.
Je n’ai pas encore commencé mais j’ai des idées sur quoi leur faire faire…
D’autre part j’ai proposé une adaptation simplifiée du Magicien d’Oz qu’on devrait présenter fin avril. Je travaille sur ce projet avec Gautam, le prof d’art, et Natalia.
Enfin, je suis responsable de la première édition du yearbook, qui sera sans aucun doute très inspiré de notre bel ouvrage CIVéen. (cf. mon super lycée).
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Et cette piscine?
Elle existe, et elle est belle ! Par contre elle est vide, pour le moment. Trop froid ! C’est une piscine d’intérieur de 25 mètres. D’ailleurs tout le complexe sportif, qui sert aussi aux employés de l’usine de sucre, est très bien équipé. Terrains de squash, basket, volley, badminton, ping-pong…il y a même quelques machines de musculation. Certes elles sont rouillées et datent sûrement de Mathusalem mais elles fonctionnent.
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Y’a-t-il d’autre personnes de ton âge?
Il y a des profs de tous les âges, de 19 à 40 ans ou plus. Les plus jeunes assistent les petites classes, dans lesquelles ils acceptent souvent 25 à 30 élèves.
Tous sont très accueillants, chaleureux et prévenants. Quand j’étais clouée au lit j’avais constamment quelqu’un qui tapait à ma porte pour prendre de mes nouvelles ou m’amener un chaï (thé au lait sucré, qu’on boit tout au long de la journée).
Les garçons de mon âge, principalement Rahul et Gautam, nous accompagnent souvent au marché. Déjà c’est bien mieux d’être accompagné d’un homme, et en plus on se fait un tout petit peu moins regarder que si on se balade les 3 blanches seules. Mais dans l’ensemble c’est sûr qu’on ne passe pas inaperçu. Il y a très souvent des attroupements autour de nous, même si j’ose espérer qu’à force les habitants vont s’habituer à nos têtes. Les pâtissiers me connaissent, c’est déjà ça !
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Les enseignants partagent un repas devant l’école après le rituel d’offrandes à la déesse Saraswati
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Enseignes-tu en sari ?
Non le sari est le vêtement traditionnel, et habillé. Ce qu’on porte au quotidien s’appelle salwar-kameez (pantalon-chemise) : un pantalon bouffant, et une tunique par-dessus, avec la plupart du temps un châle pour se couvrir la tête et /ou les épaules.
J’en ai acheté 2, et j’en ai fait faire un sur mesure, que je devrais avoir la semaine prochaine. Je compte m’acheter un sari aussi, en espérant avoir l’occasion de le porter !
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Vêtue d’un salwar-kameez, je décore l’arche autour de la déesse Saraswani 
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Quelle météo as-tu ?
Évidemment quand je parle de froid, rien à voir avec Montréal. Alors vous serez surpris de lire que je suis tombée bien malade suite à un coup de froid. Oui mais voilà…5 degrés quand on n’est pas équipé pour, c’est quand même froid ! L’école nous a obtenu des petits chauffages d’appoint mais il a fallu tenir les premiers jours, sachant que la température dedans et dehors est la même. Je suis certes venue avec un manteau et une tuque, mais pas des bottes fourrées non plus !
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Brume sur l’allée centrale de l’école
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Es-tu remise de ta maladie ?
Je crois pouvoir dire que je suis sur la bonne pente ! J’ai eu une grosse fièvre pendant 3 jours, plus ou moins clouée au lit, avec des maux de gorge violents. Diagnostic : angine blanche. Rajesh et Nisha (le couple directeurs de l’école) m’ont emmené chez un homéopathe. L’expérience valait son pesant de cacahuètes ! Il pratique dans un tout petit bureau entouré d’étagères remplies à craquer de fioles et bouteilles de toutes tailles, un vrai repère d’apothicaire ! Il a ausculté le fond de ma gorge à l’aide du rétro-éclairage de son portable ! Et pendant que son assistant préparait mon traitement (2 petits tubes remplis des boules de sucre homéopathiques) sa femme nous servait un chaï…surréaliste, mais pas désagréable !
J’ai quand même dû aller consulter un médecin car mon infection des sinus et de la gorge a déclenché une conjonctivite. Je suis maintenant sous antibios.
Un grand merci à Sandra et Natalia, qui se sont elles aussi très bien occupé de moi, m’ont préparé mes repas.
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Vas-tu pouvoir vadrouiller un peu ?
Dans la mesure où je suis venue accomplir une mission, ça n’est pas ma priorité. Étant donné que les enfants ont raté beaucoup de cours à cause du froid, et qu’il faut aussi prendre en compte les très nombreux jours fériés, je ne peux pas trop me permettre de déserter quand enfin ils ont cours !
Mais Stéphane vient me rendre visite en mars, et ce sera sans aucun doute l’occasion idéale pour prendre un long week-end.
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As-tu commencé ton film ?
Oui j’ai commencé à tourner. J’ai quelques petits problèmes techniques à régler, surtout pour commencer à monter, mais j’espère ne pas perdre trop de temps là-dessus. Pour l’instant le « plan de travail » est improvisé, mais je travaille sur la structure. Une indienne étudiante en économie à Calcutta est en ce moment à l’école pour réaliser un film aussi. C’est l’occasion de combiner nos idées.
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Les enseignants pendant la chorale de Republic Day (on voit mon set up au fond) 
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Es-tu heureuse?
Oui, je prends le temps de vivre l’expérience à fond, et même si les premiers jours j’ai eu de rares moments inévitables où je me suis dit « mais qu’est-ce que je fais ici ?? », il ne m’a jamais fallu plus de 5 minutes pour me dire « ah oui…c’est vrai.. »
Je ne me pose pas trop de questions, je vis carpe diem (et pourquoi être en Inde si on ne s’essaye pas un peu à leur philosophie !)
Une fois par jour au moins, quand je me balade au soleil dans le jardin de l’école et que la douce brise caresse les cannes à sucre, je mets les choses en perspective et je me revois regardant par la fenêtre de mon bureau à Montréal, rêvant la scène que je suis en train de vivre.
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Poème d’élève en hindi