Journal de bord #8 : Premier jour de navigation calme

La navigation est (enfin) devenue possible

Jeudi 16 mai – JOUR 7. 1h22 du matin, je suis en plein shift. Avec les tours de garde en pleine nuit, on perd vite la notion du temps. Le moteur ronronne pour recharger les batteries. Je ne peux pas écrire dehors, car il pleuviote. Du coup je suis installée à la table de navigation, éclairée à la lumière rouge pour garder ma vision de nuit quand je sors la tête.

Ma réputation de gourmande n’est déjà plus à faire à bord. Darren me surnomme tape worm (ver solitaire) et Ross church mouse. Pourquoi? Parce qu’il m’entend grignoter en pleine nuit, après mon shift et avant d’aller me coucher. Pour ma défense, j’aimerais préciser qu’un bateau est sans cesse en mouvement, que donc le corps travaille non-stop ne serait-ce que pour garder l’équilibre, et que donc toute cette activité donne faim!

S&S équipe de choc
S&S équipe de choc

L’ambiance est au beau fixe. S’il y a eu quelques tensions pendant la tempête, c’était essentiellement dû à ce qu’on surnomme la fièvre de cabine. Depuis que le calme est revenu et que la navigation est enfin possible, Darren nous a confié que Ross et lui-même se disent très contents de nous parce qu’on est toujours prêts à aider. On cuisine le plus souvent, on fait la vaisselle bien sûr, mais en réalité tout le monde participe, on prend juste souvent les devants pour leur faciliter la vie. On met de l’ordre, on nettoie, et bien sûr on est sérieux avec nos tours de garde. Et puis on fait des blagues, on garde le sourire et l’enthousiasme, quoi qu’il arrive.

La journée a été calme, relax et agréable. L’ironie, c’est qu’après la tempête qu’on a traversée, où on avait trop de vent pour naviguer, on en manque maintenant pour avancer sans moteur! Ce matin on a passé pas mal de temps à calculer différentes positions et trajectoires sur la carte avec le compas et la règle. Nous devrions être à environ 2 jours de récif de corail Minerva, ce qui nous donnera peut-être une chance d’y ancrer une heure ou deux samedi midi. Nous sommes à peu près à mi-chemin entre Opua (Nouvelle-Zélande) et Vava’u (Tonga). Il reste quand même un peu plus de 700 miles, et nous dépassons rarement les 5 nœuds.

La douche sur le pont...un momen mémorable
La douche sur le pont…mémorable

Cet après-midi j’ai révisé quelques nœuds de navigation appris il y a 15 ans lors de mon petit tour de la Corse. Certains sont très faciles, d’autres sont plutôt de l’ordre du casse-tête. Tous se ressemblent, et le plus compliqué est d’apprendre à les faire vite, et ce quel que soit le côté de corde le plus court (ou long).

En fin de journée, Darren  a pris une douche à la poupe du bateau. On a tous suivi les uns après les autres, ravis et soulagés à l’idée de se décrasser. On a pu se rincer à l’eau claire avec la petite douche d’appoint, réchauffés par les rayons d’un soleil déclinant. C’était une sensation formidable, sans parler du bonheur de se sentir propre et frais! Le soir on a pu se permettre le luxe de manger tous les quatre autour de la table, et même de mettre un film à la fin du dîner!

Au départ, il était question que nous prenions des shifts de 3h au lieu de 2 une fois que la météo serait plus clémente, mais Ross a décidé de garder le rythme actuel pour que les gardes de nuit ne soient pas trop longues. On l’en remercie!

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La grand voile enfin sortie
On profite de la navigation calme
On profite de la navigation calme
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Darren met la main à la pâte
Darren, la main à la pâte
Beau temps au beau fixe!
Le temps est au beau fixe

 

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On ne se lasse pas du sunset
Sunset forever
Après l'effort, le réconfort
Après l’effort, le réconfort
[/threecol_one_last] [divider_flat] [box type= »note » icon= »https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTxEQ-c__AASOs2Ys6xhRV_BaV-6MGuLbXpNJWHbUR4FrcTqMhbYA »]ENGLISH corner : read Stephane’s contribution[/box]

Settling back in the humdrum of boat life means the night shifts are smooth. No waves are crashing over the cockpit to inexorably drench everything both in and out. The breeze is cool, the moon new and the stars are bright. During both 20h to 22h and 04h to 06h shifts Ross gives me the low down on what’s what.

The winds are going west, which isn’t exactly normal for this time of year. He supposes the storm system messed up the natural course of things but is confident that the trade winds should come in. He shows me on the charts that between the South Fiji Basin and the Tongan Ridge there is a current going from east to west of about five knots. We make the calculations and adjust our bearing so as not to be taken even further off course after all the fun and excitement of the past two days.

Minerva Reef was over 90 miles west on our original rhumb line, far enough to not deviate and go. Now we’re 90 miles west of Minerva. The mythical reef sits basically on our new rhumb line to Tonga. We’ll be there in two days, about mid-morning based on our calculations, which is ideal for fishing, cruising and chillaxing a few hours. If we get there at night we’ll steer clear of it, it would be a death trap for any sailor in the dark.

Ross also goes over the water, gas and fuel situation. He explaines to me how the weather’s behaving, how the sails are set and what to do in case anything changes so I don’t have to wake him up. At this point, I think he trusts us enough to do a little more hands-on stuff. This means that I jive when the wind changes direction, we gain a knot in a half and I finish my shift to a stunning sunrise. On my shifts I got the sunsets and sunrises as well as the privilege of seeing the times of the latter change as we switch latitudes, not seasons. Despite the impression of slow going boat, we’re indeed covering ground, every minute of every day. 

We calculate that we’ve covered over 500 nautical miles as the sea gull flies, which doesn’t account for all the messing around and drifting. At this exact point, we are 680 miles from Vava’u, which should take us another 5 or so days.

The conditions are extra calm, which is good and bad. Good, simply because neither the boat nor us could take another beating, and bad because if we weren’t motoring, we’d be sitting idle in the Pacific – I don’t know what’s more nerve-raking actually. We still remain prudent, as it seems that the second we’d lower our guard something would give up on us. First the engine heats, the gas cooker dies and then the water supply gage got glitchy. On the flip side, hearing the splish-splash of the bow slicing through the water is blissful, you know you’re moving out in the great expanse one splash at a time. It’s serene, almost idyllic.

The weather is undoubtedly warmer and the rhythm lazy, doing just what we have to, and what we can to keep busy. It seems like a good day to clean up, but Darren got to it before me. I got up from a nap – the sixth – to see him butt bare-naked running around on the back deck lathering up. He threw the trend. Soon I’m the one butt bare-naked on the back, relishing on the fact there isn’t a soul around, that the warm Pacific sun is all over me and that I’m facing the great blue ocean, very much exposed but out of sight. I enjoy one of the best wash-downs ever and conclude yet another day on the Shard. 

Journal de bord #7 : Sauvetage en haute mer !

Le calme après la tempête?

Mercredi 15 mai – JOUR 6. Le mauvais temps s’est très légèrement calmé une fois le soleil couché hier. On réalise qu’on n’est pas passé loin de la catastrophe. La tempête s’est avérée être de condition cyclonique (c’est-à-dire le stade juste avant un cyclone), avec un vent au-delà de 70 nœuds (plus de 130 km/heure) et des vagues de 15 mètres pour les plus grosses. On a eu beaucoup de chance que le petit Shard ne se retourne pas! Certes il est fait pour faire un 360° si jamais ça arrive, la quille étant bien plus lourde que le mât, mais cela provoque souvent des accidents graves voire mortels, à cause des objets volants qu’on se reçoit au coin de la figure.

On sentait bien qu’on était complètement à la verticale de temps en temps, mais heureusement qu’on n’avait pas conscience de la gravité de la météo! Pourtant si nous n’avons pas paniqué, nous avons tout de même eu des pensées extrêmes. Stéphane réfléchissait déjà à comment rejoindre le zodiac de sauvetage depuis notre cabine si le bateau se retrouvait à l’envers, et moi je me demandais comment s’organisait la logistique en cas de catastrophe. Qui appelle qui, pour dire quoi, comment?

Le soir, la houle est toujours très déstabilisante, mais Ross commence à s’impatienter. Cela va faire 24 heures que le Shard divague avec la tempête. Il propose de lever les ancres de mer, mais Darren et Stéphane, les quatre gros bras concernés par cette manipulation délicate, demandent à repousser au lendemain, pour bénéficier de la lumière du jour. La décision est donc prise de passer la nuit là. Tout le monde part se coucher sans tour de garde établi, vu que le bateau est à l’arrêt.

Air-sea rescue . . . sauvetage air-mer

3h du matin. Stéphane se redresse sur la couchette : « t’as entendu »? Non, je dormais à poings fermés. Il insiste. « C’est un avion ». Un avion au beau milieu du Pacifique en pleine nuit? Il délire. Il se lève précipitamment et augmente le volume de la radio, puis vérifie le pont. Un spot scanne l’océan autour de notre bateau.

La VHF se met à craqueler: Kiwi Rescue 877 tente d’entrer en contact avec nous, après nous avoir survolé d’assez bas deux fois, probablement pour attirer notre attention. Stéphane réveille Ross, qui répond aussitôt à l’appel de la radio: « Ici Shard, Sierra, Hotel, Alpha, Romeo, Delta, ZMT 3277 ». Un vaisseau en détresse requiert notre assistance, nous sommes le bateau le plus proche. L’ironie, c’est que personne ne passait une bonne nuit, car bien que la tempête se soit calmée, la houle toujours intense nous martelait sans ménagement.

Kiwi Rescue nous informe de la situation : le Saint Amour est un yacht monocoque qui a lancé un Mayday, l’appel de détresse le plus urgent, à environ 50 milles de nous. Oui, mais voilà, 50 milles, à 5 nœuds marins/heure, ça fait 10h. 10 heures de navigation à l’ouest, hors de notre trajectoire. Ross demande si la situation est critique et ajoute que notre bateau ne peut pas remorquer, mais Kiwi Rescue dissipe tout malentendu. Ils n’en savent pas plus pour le moment, mais notre aide est requise.

Tout le monde s’équipe et Darren et Stéphane sortent lever les ancres de mer. Les pauvres, eux qui espéraient faire ça en plein jour, non seulement il fait nuit noire, mais en plus on est pressé! La tempête s’est un peu calmée, mais ça reste une mission périlleuse. L’équipe ne pouvant pas compter sur mes biceps pour hisser les pneus remplis d’eau et entourés de chaînes, je suis chargée de défaire les nœuds des cordes qui remontent complètement emmêlées. En une demi-heure, l’affaire est dans le sac et le moteur en route, nous voilà partis. Je suis ensuite chargée de programmer l’autopilote sur notre nouvelle course, à savoir la position du Saint Amour, communiquée par l’avion Kiwi. Cap au nord-ouest. Pour cette mission de sauvetage, nous faisons désormais face à la Nouvelle-Calédonie, à mi-chemin depuis la Nouvelle-Zélande.

Avec 10 heures de marge devant nous, nous avons le temps de retourner nous coucher. Personne n’est de garde vu que Kiwi Rescue nous sert d’ange gardien. À notre réveil vers 7h, le vent s’est enfin calmé et on peut hisser la grand-voile. L’avion qui patrouille doit rentrer à sa base, car il commence à manquer de fuel. Avant de partir, il nous informe qu’un hélicoptère est prêt à être envoyé en cas de besoin, bien qu’il risque de mettre environ 4 heures pour atteindre le Saint Amour en plein Pacifique Sud.

De notre côté, on ne peut pas communiquer avec le bateau en détresse, dont les ondes sont encore hors de portée, et on ne sait toujours pas s’il est en mesure de répondre à Kiwi Rescue. On apprend aussi qu’un navire commercial se trouve à 5 heures seulement du Saint Amour, mais s’il intervient c’est pour récupérer l’équipage, qui devra alors abandonner le bateau. Kiwi Rescue finit par rendre l’antenne. Ils nous tiendront informés par téléphone satellite si besoin.

L’équipage se retrouve sur le pont pour le petit-déjeuner, à la fois surpris, amusé, voire même « amerré » (oui parce qu’atterré serait difficile dans notre cas) par l’ampleur que prend cette aventure. Participer à une mission de sauvetage n’est pas tout à fait considéré comme quelque chose de courant…

Navire à l’horizon!

Au bout de 5h, on parvient enfin à entrer en contact. Le navigateur solitaire est français, et le Shard se trouve avoir deux traducteurs à son bord! C’est donc moi qui prends le relais de Darren à la radio, car notre homme a un accent à couper au couteau. « Saint Amour, Saint Amour, ici Shard, est-ce que vous me recevez? » De toute évidence épuisé, l’homme est incapable de résumer ses soucis techniques en quelques points clairs. Sûrement ravi d’entendre sa langue natale, il raconte sa vie entière sur la radio, rendant la traduction compliquée pour Ross et Darren qui aimeraient comprendre quel est son problème. Finalement on y arrive, il a perdu la direction de sa barre et ne peut donc se diriger. Ça n’aurait pas été très grave s’il n’avait pas été seul à bord. Mais sans autopilote il ne peut dormir, au risque de divaguer.

À environ cinq milles, je sors les jumelles et repère sa voile blanche à l’horizon. Quel sentiment de victoire! Ça fait maintenant six jours qu’on navigue littéralement au milieu de nulle part, et après 6h de déviation, nous voilà aux abords du navire pour la mission de sauvegarde! Le Saint Amour coupe le moteur et descend la voile. Il nous a fait gagner 4h en venant dans notre direction comme il a pu.

Darren enfile un gilet de sauvetage. On met le zodiac à l’eau et il part seul. En moins d’une heure, il a réparé la barre du Saint Amour avec un bidouillage efficace et solide.  Le Shard effectue un demi-tour pour récupérer le zodiac et son héros.

Après toutes ses émotions (on a quand même enchaîné tempête cyclonique et mission de sauvetage) l’heure est à la fête. On sort le rhum-coca, on met la musique et on papote comme des pies borgnes sur le pont jusqu’au coucher du soleil. Ce sont nos premières vraies heures de voile, avec une mer enfin calme, un soleil chaud et une petite brise fraîche. Pour marquer le moment, on écrit une lettre contenant une citation de chacun, qu’on scelle à la cire de bougie et qu’on glisse dans la bouteille vide. Message in a bottle.

Ross répond à l'appel radio
Ross répond à l’appel radio
Le Shard se dirige vers le Saint Amour
Le Shard se dirige vers le Saint Amour
On scelle notre parchemin 2013
On scelle notre parchemin 2013

L'avion de Kiwi Rescue 877
L’avion de Kiwi Rescue 877
Le Saint Amour
Le Saint Amour et notre zodiac
Une bouteille à la mer
Une bouteille à la mer

"Saint Amour ici Shard"
« Saint Amour, ici Shard »
Darren en mission de sauvetage
Darren en mission de sauvetage
Premier coucher de soleil après la tempête
Coucher de soleil salvateur

ENGLISH corner : read Stephane’s contribution 

For the purposes of being accurate on our logbook I have to back track and share the events following the storm before getting into what would be the second great adventure of this passage.

After the protracted night, we are all waiting for the horrible weather to pass. We see blue skies and then it goes all to hell again. The atmosphere is tense both inside and outside. Our skipper was pissed mainly due to the lost time but we think it was more because he had been checkmated by the storm, forced to set out a sea anchor and hove-to for over 24 hours. Darren deemed it “good seamanship.” As more rogue waves hit us beam on every now and then, we decide to go back out and assess the damage and the condition of our improvised anchor. It didn’t look good, one of the safety lines had chaffed off the mid ship bollard leaving only the bowline to hold the weight of the yacht against the waning storm. Once all rigged up, we set out to pull half the chains in – in awful conditions still, but in daylight, seeing the real extent of the storm. Darren needed to weave a line and brade it back on to the chaffed rope. Once our anchor is secured, we move on to the stern and realize that a pulley has broken off the mast and the caches for the engine block have been blown off, allowing every incoming wave to engulf the engine full of seawater. Naturally it was the crew – me – who had the privilege of bailing it out.

It’s now almost sundown and I can see on the horizon what looks like better weather, sunrays piercing through the cloud cover only to be surrounded again by menacing ones – here comes another grueling night. At this point we’re used to hearing the cracks, and whips and bangs and the bashing. We secretly hope this last bit of the storm is the final showdown, either it hits us again or passes us by for good, to go die off in the South Pacific. During dinner – we finally managed to cook – we listen to the slushing around of water in the bilge stemming from waterfalls worth of water poring into the boat through the hatch. It’s a mess. Ross suggests we should carry on, implying lifting the sea anchor up and getting the boat ready to motor. Darren and I – the ones who were to do all the work – conceded we didn’t have the will to do another night stunt and thought it best to wait until morning, a new day, a fresh start. As night falls, the winds die down, the swell ebbs, we all sleep bobbing in the middle of the ocean.

At 0330 on day 6, I’m rocked out of bed by a low flying aircraft buzzing our position. First I hear it in my sleep, then half awake – we haven’t had much sleep lately – I consider the options: “it must be a charter flight, tourists… Wait, there are no tourists in these parts…” Then the crackling of the VHF radio snaps me back to reality and I prance out of bed. I turn the sound up, nothing. I climb up the hatch for a peak and see the blinking lights of a plane, 500 meters off, hugging the terrain as it sweeps the ocean with a spotlight in the mist. There are no commercial planes this low on this course. I knew it was a search and rescue aircraft and my first thought was one of dread: “someone didn’t make it… it could’ve been us.” It chilled my blood. Ross grunts: “what is it” –  “an airplane just buzzed us” – “why didn’t you tell me” – “I am now.” The aircraft circles us on what are now calm seas after the cyclonic conditions, it’s anger and temper spent, it was eerie.  

We make contact with New Zealand Navy P3 Orion call signed KIWI Rescue 877 in search for a vessel in distress with their EPIRB on. The yacht Saint Amour was bobbing around 50 nautical miles north west of us, it had lost it’s steering and risked capsizing. Kiwi 877 informs us: “you are the closest vessel at this time, if you could provide assistance we need you to head to the following coordinates.” We didn’t really have a choice. International Maritime law requires us to give aid to all wounded, sick and shipwrecked persons. We didn’t know the status of the Saint Amour, and there was an honest moment of doubt: do we have to? Can we tow her? What’s the status of the people on board? Do we have to take people with us? Will we have to give one of our crew to help steer the yacht back? We didn’t hear any answer coming back to Kiwi 877 from the Saint Amour and wondered if she had gone down, with no EPIRB. Maybe they’re on a raft, or worse. By 0500 we finally get underway and motor to the given position after securing the drogue. As of this time, Taupo Squadron had a helicopter on alert ready to take off in case our assessment required an evacuation. They were four hours away. This is as real as it gets.

With over ten hours of navigation to go, we all catch up on some sleep. The night prior had perhaps been worse than the former and as Darren put it: ”I was having a shitty sleep anyway, bobbing around like nuts! Might as well carry on.” We needed no one to pull shifts, we were sailing blind but when you have a P3 Orion circling overhead, it’s like having a guardian angel. Plus, if we were tasked with this rescue, then we were necessarily the only vessel around. We could sleep tight.

A couple hours later, Kiwi 877 contacts us one last time before returning to base, he’d perform one more flyby over the Saint Amour and one over us. We clean up the boat, get knot lessons from Darren, make breakfast and slowly edge back into a normal sailing rhythm. Before long we make contact with the vessel in distress. It’s a French dude out of all people. Sandie and I try and interpret his situation so we can translate to Ross and Darren. He is tired, scared and has been suffering breakage for the last three days. There was much debate after the fact about whether or not his situation required a MAYDAY or a PAN PAN. There was no immediate threat to his life, but his prospects weren’t looking too good either. Within a couple of days, idle and alone, he’d run out of supplies and water. It all depends on your perspective I guess.

We eventually spotted the Saint Amour on the horizon, the first sign of life – aside from Kiwi Rescue 877 – we’d seen since we casted off. Once in his immediate vicinity we unhooked the dingy and put Darren on it so he could board the other boat and see what could be done. He was uneasy, even within sight of two boats and after being ass up and face down in 15-meter troughs in a full-fledged storm in total darkness. In his defense, conditions do change in the blink of an eye in the open ocean and he’d be quite vulnerable out there on his own with a little dinghy and two ores. The job was done in less than two hours. It was a quick fix thanks to a new pair of eyes on the problem. A piece of plywood, a hammer and some string later we were back on course and the Saint Amour left to sail to New Zealand. We were all thankful.

On a boat you have lots of down time, and in this instance we were closer to New Caledonia and Vanuatu than we were to Tonga, our destination. We took this time to reorganize, tidy up the boat, do the dishes and basically do what needs to be done to be sea worthy again. This also involved a few well-deserved rums. After six days at sea we were sailing, for real, the motor was off, the autopilot on and the sunset was marvelous. When I say the motor was off, I mean it wouldn’t turn on anymore, broke. Here we go again: “what do we do?” – “we fix it,” says Darren in total confidence.

We are now back in the “routine.” There is good bonding and lots of laughs. We had the storm, then the cyclonic conditions, we spent one night hoping, the next day waiting, then woken up and embarked on an air-sea rescue. We rescued and now we chill out and decompress. Good thing I got Sandie to come along this journey, there’d be too much to tell, too much to share.  

 

Journal de bord #6 : La tempête fait des vagues

Au creux de la vague

Mardi 14 mai – JOUR 5. Après mon shift de nuit, le baromètre a chuté dramatiquement de 1015 à 1005 hectopascals. Bad news. La houle est montée au-delà de 5 mètres, avec un vent à 60 nœuds. Nous voilà au cœur de la tempête désormais surnommée « la bête ».

À deux heures du matin, les trois hommes enfilent leurs combinaisons imperméables et se harnachent au pont pour lâcher les pneus qui nous servent de frein. La houle est trop dangereuse, une mauvaise vague pourrait faire basculer le bateau. Ils font face à des vagues qui, mesurées depuis le creux, atteignent 15 mètres. Ils descendent toutes les voiles et coupent le moteur. La stratégie des pneus ne marche pas, le Shard peine à se tourner face au vent et aux vagues. Darren et Stéphane doivent hisser les pneus hors de l’eau et les entourer de chaînes afin qu’ils soient plus lourds et puissent retenir le poids du bateau.

Je vis assez mal le fait de ne pas pouvoir aider dehors, mais rien ne sert d’encombrer le pont et je ne suis pas assez forte pour tirer un pneu rempli d’eau. Les hommes ont déjà beaucoup de mal à se maintenir dans le bateau, manquerait plus que je passe par dessus bord! Du coup j’observe la scène depuis l’intérieur. Tout ce que je vois sont des membres qui semblent voler d’un côté à l’autre : un pied à bâbord, un bras à tribord, la tête encapuchonnée de Darren au-dessus de moi. Il est couché à plat ventre et Stéphane le retient par les jambes. J’entend leurs pas qui galopent de la proue à la poupe, le grondement des vagues qu’ils affrontent et les sifflements incessants du gréement métallique, comme un fantôme qui hante le bateau. Le tout est faiblement éclairé d’une lueur inexplicable, la lune étant invisible derrière la couche de nuages noirs.

On passe la nuit en stand-by, sursautant toutes les deux minutes comme des crêpes dans une poêle. Le vent fait toujours siffler l’armature et la coque craque tellement fort qu’on se demande quand même si elle pourrait potentiellement lâcher. On se retrouve plaqués contre le mur à bâbord avec une telle violence qu’on s’attend franchement à ce que le bateau se retourne. Bien au-delà d’être effrayante, la sensation de ce mouvement incessant est électrisante. J’ai vraiment l’impression d’être chargée en électricité statique, comme un pull de laine sorti du sèche-linge.

On dort peu, mais on finit bien par s’assoupir d’épuisement. Au réveil, la tension est palpable. Finis les shifts, plus besoin de regarder quoi que ce soit. Il n’y a plus qu’à dormir, manger, et attendre que ça passe. On essaye d’obtenir des infos par le biais de Mike, mais ses indications manquent encore et toujours de clarté.

Patience et réparations

moteur 2Dans la nuit, une grosse vague a submergé la poupe, cassant un cache. Avec la pression, l’eau s’est engouffrée dans le tuyau d’aération et a noyé le moteur. Ross aboie des ordres, Stéphane écope, je passe des outils et Darren répare.

Vers 15h la météo s’est à peine calmée. Le soleil sort avec un morceau de ciel bleu et un arc en ciel, mais les vagues sont toujours aussi violentes et menaçantes. Ross évoque à nouveau la possibilité de faire demi-tour, surtout à cause du moteur qui pourrait se mettre à surchauffer après les dégâts. La raison principale serait que la compagnie des Moorings voudrait réparer le bateau à Opua avant de le renvoyer à Tonga.

Darren nous prépare des sandwichs steak-fromage. Il profite de cette pause déjeuner bien méritée pour nous rassurer. D’après lui, on a plus de chances de continuer que de faire demi-tour. En attendant, la météo est encore trop mauvaise pour remettre le bateau en route, les vagues et le vent ne semblent pas se calmer.

En dehors de dormir et manger, on lit beaucoup, on discute… S&S se lance même dans une série de petits bacs…C’est pour dire!!! On a bien essayé de jouer aux cartes, mais on se lasse vite de ramasser la pioche, voir glisser nos trèfles par terre et retrouver nos carreaux sous les oreillers.

Mes cheveux sont maintenant vraiment sales et mon cuir chevelu me gratte…mais pas question de se doucher et encore moins de se shampouiner, car nous ne savons pas combien de temps nous aurons besoin de tenir sur nos réserves d’eau.

Ai-je précisé que :
1. Les eaux aux abords de la Nouvelle-Zélande sont connues pour être particulièrement violentes. C’est un passage que beaucoup de marins évitent sciemment.
2. Les marins n’aiment pas partir un vendredi, question de superstition. Quel jour sommes-nous partis? Un vendredi bien sûr.

Dans le bateau tout est sans dessus dessous
Dans le bateau tout est sans dessus dessous. Nous avons très peu de photos des jours de tempête…nous ne pouvions prendre le risque d’abîmer les appareils, restés bien emmitouflés.

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It’s a new and odd sound that gets me up at 1 or 2 am on day five. Sandie comes to the bunk and informs me – in her habitual manner – that we’re not to go beyond the cockpit to check the data: it’s too dangerous.
We overhear Darren and Ross commenting the latest data: “the barometric pressure reads 1005” – “That’s what it is in the middle of it.” It’s nasty out there and they looked concerned, so in all likelihood there’s a legitimate reason to be spooked. I decide to get up and get dressed. Why? If we’re going down, I’m not going down in the nude!

As we get hit by increasingly larger waves on the beam, shifting the entire vessel, flirting with horizontality, Darren suggests throwing out the sea anchor – this means business. I’m not particularly stoked on suiting up to go outside, but when fear turns into adrenaline, you realize you have no choice.
The wind is intense, constant and the rain is level. I harness myself and start helping. We grab the tires, start cutting ropes and making knots while each wave bashes us closer to what seemed like a tipping point. We rig the lot and toss it overboard. Ross motors the boat with the wind so the bow faces the waves, sheltering us from the rogue waves we’d get first every hour, then every ten minutes.

The efforts prove vain, and despite the engine power we can’t hove to, the tires are too light – the waves whack us still. We pull the two tires and the 100m of rope back on board in these staggering conditions – 100km/h plus winds, overhead breaking waves of 5m and 15m at the trough. Sandie is below rushing us tools and anxiously waiting her turn to get into the fire pit. We rig up the two tires with an extra anchor chain, split them apart and start feeding them overboard. Ross yells: “what the paint!” – sure skipper. We uneasily wait for the results and after what seemed like hours, the boat tugs on the rope and shyly drifts its stern putting the bow 20 degrees closer to the wind. We’re still beam on, but it’ll have to do. At 03h30 we seal all the hatches, sit in the cabin, drenched, looking at each other and panting until we decide there is nothing left to do, we have to wait it out.

Staring the storm in the eye was like nothing I had ever felt, and for the night to come, I am glad I had. I’m glad I know what’s out there. Standing on the bow in this storm, heaving lines, trying to tie lines, fighting for our survival – or what felt like it at the time – was nothing short of exhilarating.
During my search for a ride out I had the privilege of speaking with many sailors, hearing their stories and listening to their tips. They all noted, “when it’s gets real ugly, you literally batten down the hatches, have a glass of rum and wait it out.” The irony here is that most of them never have had to actually do it. The joke was on us.

The following messages we got from Mike – when the satellite phone was working – said it’d be gone “soon… by morning or mid day.” Mike, in all his wisdom could not give us a no shit assessment on what was going on out there, and so the anticipation remained and hunkered down we did.
Needless to say our night shifts didn’t occur and more times than one did I think we were going to roll during the night, with waves crashing over the boat tipping it farther that I’d thought it could go. Came morning it got not better, the only relief was but meager seconds when the boat stabilized on an ascending wave only to be smashed by the white water from above. Even stillness was no source of appeasement. Some people hate bobbing, others hate waiting.

Journal de bord #5 : Houle et orage ne font pas bon ménage

Emportés par la houle qui s’élance

Lundi 13 mai – JOUR 4. Le temps ne s’est pas calmé, on navigue toujours dans la tempête.

Je tuerais pour me laver les cheveux. Ils sont plaqués par l’eau de mer, toujours humides. La dernière fois que ça m’est arrivé, je faisais le tour de la Corse en voilier avec des amis. J’avais trouvé ça formidable, car ça m’avait permis de me faire des dreadlocks en un rien de temps. Mais j’avais 15 ans. Nos vêtements ne sentent pas mauvais, mais ils sont tachés par les éclaboussures en tous genres et durcis par le sel séché. Pourtant je ne vois pas l’intérêt de sortir des habits propres. En six heures ils seront dans le même état que les autres et je ne saurai plus où les mettre, vu que rien ne sèche. Du coup, je fais bien attention à garder les sous-vêtements techniques qui me servent de pyjama bien au sec, et quand l’alarme sonne à 23h55 pour mon shift de nuit, j’enfile mes habits humides. Oui c’est désagréable, mais le corps les réchauffe vite. À 2h, je me rechange avant de retourner me coucher.

Pendant mon shift du matin, Ross me fait ajuster la voile de tête. J’adore être dans le feu de l’action, et surtout que les tâches de navigation ne soient pas entièrement réservées aux hommes. Cela dit je comprends vite pourquoi ils font la majorité des travaux de force. Malgré toute ma bonne volonté, ce n’est pas facile de tourner ces bobines, et pourtant il y a deux vitesses! J’ai besoin de mes deux mains, tenant en équilibre agenouillé sur le banc à bâbord, battue par la pluie et le vent, balancée par la houle et retenue par mon harnais de sécurité attaché au cockpit.

J’ai appris à trouver notre position sur la carte à l’aide de la règle et du compas, et j’aime beaucoup cet exercice. Ça me donne l’impression d’être une exploratrice des temps modernes.

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La carte a pris l'eau, ses arêtes se fragilisent
Notre carte, fragilisée par l’humidité
D'abord je définis notre point sur la carte
D’abord je définis notre point

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J'installe la carte tout en me stabilisant
J’installe la carte tout en me stabilisant
Ensuite je calcule la distance parcourue à l'aide du compas
Puis je calcule la distance parcourue à l’aide du compas

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Le quotidien reprend le dessus

Grâce à la houle et au mauvais temps, les shifts sont assez tranquilles. On reste emmitouflé à l’intérieur, assis sur les marches, ne sortant la tête que de temps en temps, surtout pour vérifier qu’il n’y a pas de bateau à l’horizon. À cause de la houle et du mauvais temps, les shifts sont assez tranquilles, et il faut bien dire qu’on s’ennuie vite. J’ai bien essayé de lire, mais j’ai vite renoncé, recevant trop régulièrement une petite vague qui fait gondoler les pages.

À midi je cuisine un plat typiquement kiwi : une purée maison avec des saucisses au four dans une sauce aux champignons appelée « bangers & mash » en Nouvelle-Zélande. Très bon, mais très lourd! On était tous ébouillantés et épuisés par la digestion. C’est comme ça qu’on apprend! Mais ça me rassure une fois de plus quant au mal de mer, qui n’a (toujours) pas pointé le bout de son nez. Si même cette recette ne m’a pas mise patraque, c’est que mon organisme peut tenir le coup! La preuve, à l’heure du goûter, il en redemande. J’opte pour un cookie au gingembre, un verre de lait et un carré de chocolat. Ross nous a équipé d’une plaquette chacun. Mais comme nous ne consommons pas tous le chocolat à la même vitesse, cette denrée bientôt rare pour certains est en train de devenir une monnaie d’échange…

D’après les nouvelles de Mike, la tempête devrait nous dépasser par l’est-nord-est d’ici demain midi. Je me suis faite à la houle, au mouvement constant et aux conditions difficiles, mais je ne détesterais pas pouvoir retourner sur le pont au soleil.

Quand on va se coucher, Stéphane compare la vie sur un bateau à une machine à laver. C’est vrai que notre fenêtre fait office de hublot, sans cesse recouvert par des trombes d’eau déversées par les vagues. Chaque fois qu’on est secoués au point de se retrouver cloués à bâbord, c’est un nouveau cycle de machine qui recommence.

[divider_flat] [box type= »note » icon= »https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTxEQ-c__AASOs2Ys6xhRV_BaV-6MGuLbXpNJWHbUR4FrcTqMhbYA »]ENGLISH corner : read Stephane’s contribution[/box]

On the morning of day four we plot a 90-mile progress over the last 24-hour period, as opposed to 130 and 110 the days prior.
With the news of the storm brewing ahead and after correcting the course to manoeuver to the back of it, anticipation is probably the prevailing sentiment – surely the hardest to manage. We’re committed. I just want to know when it’s going to hit us. In surfing you wipe out and sure enough it’s going to whirl you around. Now, put your house, cat, dog, furniture and roll them about with a constant wish-wash, that’s us.
We’ve been sailing in a steadily deteriorating environment for over 36 hours. You hear a crash, a bang and see buckets of water come cascading down the hatch and stairs… Here we go again. It’s relentless. Moving around, even going to the bathroom is a challenge. The waltz is unremitting. Everything you grab, take out, set down or serve is bound to become alive and escape with a crash. Managing your immediate setting with one hand while being bruised up is an interesting learning curb.

It’s already dark when I get up at 7 pm. I can tell it’s rougher out there. We knew the “mother of all storms” was somewhere in front of us and Ross added that, “it could be well over 100 miles wide, and we could be just on the fringe.” Trying to get information from Mike was like trying to pry a hook from a shark’s jaws, useless. We’ve been sitting on his previous update for two days and it seems like we are steaming straight into it – because it’s getting uglier by the hour! I try to remind myself – it had to get worse before it gets better. I spend my 8 to 10 pm shift crouched under the cockpit, poking my head up every now and then – not that I could actually see anything, the waves were over towering on every side. The weather got heavier still.

Journal de bord #4 : La naissance d’une tempête

Quand la tempête pointe le bout de son nez

météo
La tempête grandit dans son nid…

Dimanche 12 mai – JOUR 3. Mon shift de nuit s’est très bien passé, bien que j’ai commencé à voir les prémices de la tempête qu’on attendait pour la veille : vent au-delà de 20 nœuds, grosses vagues. La situation s’est dégradée pendant la nuit. À mon réveil, la tempête bat (presque) son plein. Il pleut, vente dans tous les sens, avec des vagues à 2 mètres. Ross et Darren couvrent nos shifts pendant qu’on fait le petit-déjeuner (toastie au bacon et fromage). Ils ont dû descendre la grand-voile. En envoyant notre position à Mike, on lui demande de nous confirmer la météo, mais il ne nous répond que deux mots : « go west »…Darren tente de contacter un ami marin à Opua pour obtenir plus d’informations sur la tempête, sans succès. Le temps est trop couvert, le téléphone satellite ne capte plus.

À ce stade, le capitaine et son second émettent la possibilité de faire demi-tour. Tout ce qu’on sait, c’est que droit devant nous, exactement dans notre trajectoire, deux systèmes sont entrés en collision. C’est ce qu’on craignait, ce que Darren avait  appelé « the perfect storm », avec un vent entre 50 et 60 nœuds. Aujourd’hui, il complète sa description d’un « nasty piece of shit » que je ne crois pas utile de traduire.

Finalement nous recevons un texto plus précis de Mike, et Ross décide de suivre ses instructions, à savoir rester à l’ouest de la 173° longitude. La tempête devrait nous passer devant, on espère la contourner par l’ouest. Cette nouvelle trajectoire nous rallonge de peut-être 50 miles à tout casser, pas grand-chose donc.

À bord, ça donne quoi?

PICT0001
La banquette ne tombera pas plus bas (et moi non plus!)

Pendant ce temps sur le Shard, équipement et matelots sont mis à rude épreuve. Le vent souffle à l’horizontale, la houle reste entre 2 et 3 mètres. À l’intérieur, tout cogne et se balance. La table et la banquette ne tiennent plus, on doit les fixer à un pilier avec une corde. Au passage, ça m’oblige à réaliser un nœud efficace rapidement tout en essayant de garder l’équilibre. On est obligé de s’asseoir à la verticale pour se retrouver dans une position normale. À l’extérieur, pas moyen de rester sec. On se reçoit des vagues où qu’on soit, trempant cheveux, bonnet, écharpe et chaussures. L’ennui, c’est que rien ne sèche. Heureusement que le vent n’est pas froid! Cette météo inspire à Darren une bonne petite décoction à base de rhum et d’eau chaude, de quoi remonter le moral des troupes. À bâbord, les hublots sont désormais tout le temps sous l’eau. Tribord est en l’air, sauf quand Shard retombe dans le creux d’une vague. Ça fait taper la proue et craquer la coque au niveau de notre cabine. La nuit dernière, j’ai eu l’impression que de l’eau ruisselait le long de la couchette tellement la proue était constamment recouverte par les vagues. Très honnêtement, je ressens bien plus d’excitation que de peur. Je m’étais préparée à l’éventualité de braver une tempête et j’imaginais bien ce que ça pouvait impliquer. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’espérais qu’on affronte du mauvais temps, mais pour moi ça fait réellement partie de l’expérience.

À midi, on cuisine le thon pêché la veille. Les lois de la gravité nous dépassent complètement, parce que bien que tout soit penché, on parvient à faire bouillir de l’eau, couper des oignons et frire le poisson avec un peu de farine. J’avoue, c’était délicieux. C’est sûr que frais comme ça, le poisson vaut bien une viande, parole de carnivore!

tempête
Cette vague fait presque deux mètres déjà…

Entre 13h et 15h, S&S assure un shift ensemble, prenant la relève de Ross et Darren qui se sont épuisés toute la matinée dans le vent et la pluie. Puis je me repose une heure avant de prendre mon shift de 16h, qui passe assez vite. Attaché à un mousqueton au centre du cockpit, mon harnais de sécurité me permet tout juste d’aller jusqu’à la boussole pour vérifier notre direction. Mais le mouvement du bateau est  tel  que chaque vague risque de me plaquer sur un côté. Évidemment dans ces conditions, il n’y a pas grand-chose à faire à part se maintenir à bord, et deux heures peuvent sembler longues. Pourtant le temps est passé vite! L’observation des vagues y est pour beaucoup. C’est à la fois paralysant et fascinant, ce spectacle d’une nature déchaînée.

Ross me taquine pas mal, ce qui était à prévoir de la part d’un vieux loup de mer vis-à-vis d’une « sheila », mais je ne me laisse pas faire, ce qui a l’air de beaucoup l’amuser. J’avoue être vraiment soulagée qu’on n’ait pas eu besoin de faire demi-tour…tu parles d’une aventure, de retour à Opua, coincé avec un billet retour de Tonga! D’après Stéphane, cette décision aurait impliqué une situation vraiment grave, mais moi j’avais le sentiment que si Ross décidait de faire demi-tour, c’était surtout une décision « politique », d’où ma déception. Mais pour l’instant, on tient la route, cap à 345°, ce qui veut dire qu’on se rapproche du bassin sud de Fiji, avant de repiquer à l’est vers Tonga.

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The aforementioned musings of warm and tropical settings will have to wait. On the morning of day 3, one quote sums it up: “how strong is the wind when it blows the tea out of your cup?” On top of that one of our lures had been bitten right off and swallowed, decreasing our chances of catching fish by 50%. It was rated to support 25kg plus, so it must have been something sizable. After a tough nights shifts, I woke up to the sound of flogging sails, clings and clonks from all sides. Sandie casually informed me – as she will do all throughout the passage – that Darren and Ross were both up and had solicited the tool kit – joy. It was 7 am but it was hours prior, during my shift – as it will be all throughout the passage – that it really hit the fan: “you know the 35kt winds we were expecting yesterday… well this is it,” Ross yelled in the cold, dark, howling, albeit numinous night. It was a gale, and at 4 am Ross and I had wound up the sails, pulling the lead sail in and loosening the main sheet to loose power and ease the pressure on the boat. 

It was manageable but it took us by surprise, requiring us to use the satellite phone. Thus the usual 9 am coms check turned into an eerie update. The small troughs north and west of us had turned into a 40 to 50 knot system. Meaning the two squalls had met up creating the “nasty piece of shit” our first mate had been joking about.

– “Should we carry on?” said our next satellite SMS.

– “Go west” Mike, back at the Moorings base responded. So we tightened our track a couple of degrees west and awaited further info.

The issue we faced was simply that we had no idea what were heading into or how the storm was behaving. As Ross had so eloquently put it: “We don’t want to be there.” In the 50kt winds, that is.

By mid-afternoon we were still doing 5kt, but on 2-meter swells, with 35kt winds and no sail… Later, Darren brewed us up a cup of tea – hot water, sugar and rum – for the morale. Yesterday at this time we had the music going, boat-made lasagna, and we caught a fish. All was good. For now, it had turned into a bumpy ride and the night will be interesting.