Journal de bord #4 : La naissance d’une tempête

Quand la tempête pointe le bout de son nez

météo
La tempête grandit dans son nid…

Dimanche 12 mai – JOUR 3. Mon shift de nuit s’est très bien passé, bien que j’ai commencé à voir les prémices de la tempête qu’on attendait pour la veille : vent au-delà de 20 nœuds, grosses vagues. La situation s’est dégradée pendant la nuit. À mon réveil, la tempête bat (presque) son plein. Il pleut, vente dans tous les sens, avec des vagues à 2 mètres. Ross et Darren couvrent nos shifts pendant qu’on fait le petit-déjeuner (toastie au bacon et fromage). Ils ont dû descendre la grand-voile. En envoyant notre position à Mike, on lui demande de nous confirmer la météo, mais il ne nous répond que deux mots : « go west »…Darren tente de contacter un ami marin à Opua pour obtenir plus d’informations sur la tempête, sans succès. Le temps est trop couvert, le téléphone satellite ne capte plus.

À ce stade, le capitaine et son second émettent la possibilité de faire demi-tour. Tout ce qu’on sait, c’est que droit devant nous, exactement dans notre trajectoire, deux systèmes sont entrés en collision. C’est ce qu’on craignait, ce que Darren avait  appelé « the perfect storm », avec un vent entre 50 et 60 nœuds. Aujourd’hui, il complète sa description d’un « nasty piece of shit » que je ne crois pas utile de traduire.

Finalement nous recevons un texto plus précis de Mike, et Ross décide de suivre ses instructions, à savoir rester à l’ouest de la 173° longitude. La tempête devrait nous passer devant, on espère la contourner par l’ouest. Cette nouvelle trajectoire nous rallonge de peut-être 50 miles à tout casser, pas grand-chose donc.

À bord, ça donne quoi?

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La banquette ne tombera pas plus bas (et moi non plus!)

Pendant ce temps sur le Shard, équipement et matelots sont mis à rude épreuve. Le vent souffle à l’horizontale, la houle reste entre 2 et 3 mètres. À l’intérieur, tout cogne et se balance. La table et la banquette ne tiennent plus, on doit les fixer à un pilier avec une corde. Au passage, ça m’oblige à réaliser un nœud efficace rapidement tout en essayant de garder l’équilibre. On est obligé de s’asseoir à la verticale pour se retrouver dans une position normale. À l’extérieur, pas moyen de rester sec. On se reçoit des vagues où qu’on soit, trempant cheveux, bonnet, écharpe et chaussures. L’ennui, c’est que rien ne sèche. Heureusement que le vent n’est pas froid! Cette météo inspire à Darren une bonne petite décoction à base de rhum et d’eau chaude, de quoi remonter le moral des troupes. À bâbord, les hublots sont désormais tout le temps sous l’eau. Tribord est en l’air, sauf quand Shard retombe dans le creux d’une vague. Ça fait taper la proue et craquer la coque au niveau de notre cabine. La nuit dernière, j’ai eu l’impression que de l’eau ruisselait le long de la couchette tellement la proue était constamment recouverte par les vagues. Très honnêtement, je ressens bien plus d’excitation que de peur. Je m’étais préparée à l’éventualité de braver une tempête et j’imaginais bien ce que ça pouvait impliquer. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’espérais qu’on affronte du mauvais temps, mais pour moi ça fait réellement partie de l’expérience.

À midi, on cuisine le thon pêché la veille. Les lois de la gravité nous dépassent complètement, parce que bien que tout soit penché, on parvient à faire bouillir de l’eau, couper des oignons et frire le poisson avec un peu de farine. J’avoue, c’était délicieux. C’est sûr que frais comme ça, le poisson vaut bien une viande, parole de carnivore!

tempête
Cette vague fait presque deux mètres déjà…

Entre 13h et 15h, S&S assure un shift ensemble, prenant la relève de Ross et Darren qui se sont épuisés toute la matinée dans le vent et la pluie. Puis je me repose une heure avant de prendre mon shift de 16h, qui passe assez vite. Attaché à un mousqueton au centre du cockpit, mon harnais de sécurité me permet tout juste d’aller jusqu’à la boussole pour vérifier notre direction. Mais le mouvement du bateau est  tel  que chaque vague risque de me plaquer sur un côté. Évidemment dans ces conditions, il n’y a pas grand-chose à faire à part se maintenir à bord, et deux heures peuvent sembler longues. Pourtant le temps est passé vite! L’observation des vagues y est pour beaucoup. C’est à la fois paralysant et fascinant, ce spectacle d’une nature déchaînée.

Ross me taquine pas mal, ce qui était à prévoir de la part d’un vieux loup de mer vis-à-vis d’une « sheila », mais je ne me laisse pas faire, ce qui a l’air de beaucoup l’amuser. J’avoue être vraiment soulagée qu’on n’ait pas eu besoin de faire demi-tour…tu parles d’une aventure, de retour à Opua, coincé avec un billet retour de Tonga! D’après Stéphane, cette décision aurait impliqué une situation vraiment grave, mais moi j’avais le sentiment que si Ross décidait de faire demi-tour, c’était surtout une décision « politique », d’où ma déception. Mais pour l’instant, on tient la route, cap à 345°, ce qui veut dire qu’on se rapproche du bassin sud de Fiji, avant de repiquer à l’est vers Tonga.

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The aforementioned musings of warm and tropical settings will have to wait. On the morning of day 3, one quote sums it up: “how strong is the wind when it blows the tea out of your cup?” On top of that one of our lures had been bitten right off and swallowed, decreasing our chances of catching fish by 50%. It was rated to support 25kg plus, so it must have been something sizable. After a tough nights shifts, I woke up to the sound of flogging sails, clings and clonks from all sides. Sandie casually informed me – as she will do all throughout the passage – that Darren and Ross were both up and had solicited the tool kit – joy. It was 7 am but it was hours prior, during my shift – as it will be all throughout the passage – that it really hit the fan: “you know the 35kt winds we were expecting yesterday… well this is it,” Ross yelled in the cold, dark, howling, albeit numinous night. It was a gale, and at 4 am Ross and I had wound up the sails, pulling the lead sail in and loosening the main sheet to loose power and ease the pressure on the boat. 

It was manageable but it took us by surprise, requiring us to use the satellite phone. Thus the usual 9 am coms check turned into an eerie update. The small troughs north and west of us had turned into a 40 to 50 knot system. Meaning the two squalls had met up creating the “nasty piece of shit” our first mate had been joking about.

– “Should we carry on?” said our next satellite SMS.

– “Go west” Mike, back at the Moorings base responded. So we tightened our track a couple of degrees west and awaited further info.

The issue we faced was simply that we had no idea what were heading into or how the storm was behaving. As Ross had so eloquently put it: “We don’t want to be there.” In the 50kt winds, that is.

By mid-afternoon we were still doing 5kt, but on 2-meter swells, with 35kt winds and no sail… Later, Darren brewed us up a cup of tea – hot water, sugar and rum – for the morale. Yesterday at this time we had the music going, boat-made lasagna, and we caught a fish. All was good. For now, it had turned into a bumpy ride and the night will be interesting.

Une pensée sur “Journal de bord #4 : La naissance d’une tempête”

  1. Que c’est bon de lire tout ça APRES avoir eu la confirmation qu’au bout du compte … ils s’en sont bien sortis.
    Hence my longing, from now on, to read the « journal de bord N°5 ».

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