Laverie Paradis

Petite mise au point pour commencer…Non je ne suis pas foncièrement contre la machine à laver le linge chez soi, j’ai même eu pour habitude d’avoir ma mienne à moi, et j’avais bien sûr prévu de renquiller avec mon (plus si) nouvel appartement. Mais voilà, alors que l’emplacement tout bien prévu pour ladite machine me faisait les yeux doux, alors que l’agent immobilier m’avait indiqué, dans un excès de zèle, où se trouvait l’arrivée d’eau, je m’aperçois, au moment de choisir la machine, qu’il manque deux centimètres pour être aux normes de la taille standard. Flupk alors!

Et voilà comment on se retrouve à déposer son linge à Laverie Paradis. Normalement ces escapades dominicaines sont sans intérêt: des jeune, des moins jeunes, et surtout, des militaires pomme de terre et leurs sacs marins remplis de treillis transpirants (je sais de quoi je parle). Mais l’énergumène que j’ai été amené à rencontrer aujourd’hui vaut son pesant de cacahuètes. Déjà, il a fait comme chez lui. Certes, la laverie peut être un endroit convivial, mais de là à y passer l’après-midi pour faire une fête de quartier, suis pas sûre. D’un côté, une petite radio d’appoint crache du raï à s’en faire péter les baffles. De l’autre, l’ami a installé son stand de bières et pistaches. Il utilise quatre machines (??), qu’il vérifie régulièrement avec beaucoup d’attention. L’ami a la tête rasée, avec un petit paillasson à peine plus long sur le dessus, une carrure carrée, une corpulence imposante. Oui je sais ce que vous pensez, mais ne tirez pas de conclusion hâtive.
Une dame entre avec un chariot rempli de couettes (à plumes, pas à cheveux). On voit toute de suite que ce n’est pas une habituée. Toisant l’ami bien installé, elle lui demande  le plus informellement possible combien de temps il faut pour faire sécher une couette (ha, la débutante)! L’ami lui répond:
– 10 minutes, 1 euro.
– Oui ça d’accord, mais d’après-vous, combien de minutes pour une couette?
– 4 euros.
– D’accord…bon je vais faire de la monnaie au café du coin.
– Vous pouvez me ramener un sandwich?
-….?
– J’arrive de Tunisie, je suis venu en bateau. J’ai payé 8000 euros pour venir en France. Je ne sais pas où dormir ce soir. Je suis marchant de bananes, je n’ai pas de famille ici. Mais le linge c’est important! Vous avez voté? Hollande ou Sarkozy? Faut faire attention à ce qu’on mange. Les gens se jettent sur des cochonneries sans réfléchir. C’est pour ça un sandwich, c’est bien. Moi je pense qu’aucun de deux ne peut sauver la France. M’enfin, je dis ça, je dis rien, j’arrive du Maroc alors… Je vends des tapis, mais attention, pas n’importe lesquels! Sinon une cigarette? Vous pourriez m’acheter des cigarettes.

Et là il se met à chanter plus fort que la radio.

Comment vous décrire le regard qu’on s’est lancé avec la femme aux couettes…Dubitatif, méfiant, perplexe, incrédule, interrogatif, un peu amusé, très amusé? A ce moment là, il a fixé, en transe, le hublot de MA machine, où tournaient mes chaussettes noires à pois jaunes, et j’ai eu peur. Pour mes chaussettes.


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