Les dauphins Dusky : rencontre exclusive

Ils sont connus comme le loup blanc à Kaikoura (enfin même plus parce qu’entre nous, le loup blanc ici…) Leur célébrité dépasse de loin les frontières de la Nouvelle-Zélande. Les gens voyagent des milliers de kilomètres pour espérer les apercevoir. J’ai nommé…les dauphins Dusky. Ces créatures tant convoitées sont difficiles à coincer, mais j’ai tout de même réussi à obtenir un rendez-vous. J’ai dû me plier à leurs conditions pour l’entretien, à savoir prendre le premier créneau de la journée à 6h, venir à eux en pleine mer dans une eau à 12°C et accepter que nous ne soyons pas seuls. Blast! Je ne ferais pas ça pour n’importe qui…mais les Dusky auraient pu me demander (presque) n’importe quoi. Ils ont insisté pour que l’entretien ne soit pas filmé, mais j’ai demandé à ma fidèle camérabox, Intova, de voler quelques images pour vous les rapporter. A priori, il n’y a rien de plus dangereux que de filmer un Dusky contre son gré, mais quand ils ont compris que je n’étais pas là pour chercher la petite bête, ils se sont prêtés au jeu.

Me voici donc engoncée et cagoulée dans une combinaison en néoprène de 5mm, doublée au niveau du torse fort heureusement. La compagnie qui a si gentiment accepté de m’amener jusqu’aux Dusky me fait monter sur un bateau. Le trajet vers le large, d’une durée de 25 minutes, est fort agréable, bien que la mer soit passablement agitée. Certains passagers commencent à virer au vert, ce qui m’arrange. Trop de concurrence tue la concurrence. Un guide sur le bateau nous explique la situation géographique idéale de Kaikoura et sa formation sous-marine en canyon, avec des versants profonds d’un kilomètre, comme celui où je plongerai dans un instant. Le discours est intéressant, mais je reste persuadée que les Dusky m’en diront plus. Le capitaine annonce enfin notre arrivée, le meeting va bientôt commencer. Je m’équipe d’un masque, un tuba et une paire de palmes et me jette à l’eau.

Je suis tout de suite dans le bain. Les Dusky sont nombreux, bavards et ne tiennent pas en place, je ne sais pas où donner de la tête. Pour cette première session, j’ai laissé Intova à bord du bateau. Je préférais ne pas les intimider. En réalité ce sont eux qui m’intimident. Ils plongent leurs petits yeux rieurs dans les miens et m’entraînent dans une danse circulaire curieuse et épuisante.
Considérant que ce premier contact est une réussite, j’invite Intova à me rejoindre. Je tente d’amener le débat sur les sujets brûlants : le canyon bien sûr, mais aussi la cruauté des orques vis-à-vis des bébés Dusky, le harcèlement incessant de la bande des requins bleus ou encore l’invasion des baleines à bosse sur leur territoire, qui au-delà d’irradier leur mauvaise odeur, volent trop d’espace vital. Mais les Dusky ne se laissent pas facilement manipuler. Les seules questions auxquelles ils accepteront de répondre sont les suivantes:

– Considérez-vous que la température de l’eau est acceptable dans ce coin de l’océan pacifique? (OUI)

– Vu les conditions idéales dont vous bénéficiez à Kaikoura, envisagez-vous de migrer? (NON)

– Est-il possible de nager à côté de vous et non en cercle ? J’ai la tête qui tourne… (OUI, mais NON)

Cette rencontre fut exceptionnelle. Je ne remercierai jamais assez les Dusky pour leur accueil, leur sollicitude et le temps qu’ils m’ont accordé. J’aurais bien bu quelque chose, mais ils n’ont pu me proposer que la tasse, et ça ne m’a pas tentée.

Leur situation culturelle et politique restera un mystère, mais c’est peut-être mieux comme ça.

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