Auckland : début, suite . . . et fin

En arrivant à Auckland, j’ai découvert la carte de la planisphère à l’envers et centrée sur le pacifique. Vu comme ça, je ne suis pas allée au bout du monde, j’en viens! Il parait que si on creuse un trou de la Nouvelle-Zélande jusqu’au centre de la terre et qu’on ressort de l’autre côté, on atterrit quelque part entre l’Allemagne et la France. Vous voyez, je ne suis pas si loin.

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On reviendra sûrement sur la fascinante histoire de ce pays. Pour l’heure, commençons pas l’origine hollandaise de son nom. Abel Tasman, qui fut l’un des premiers explorateurs à arriver jusqu’ici, surnomma l’île « New Zeeland », en anglais « New Sealand ». Tout de suite on comprend mieux! Oui parce que je ne sais pas vous, mais moi, autant « Nouvelle », j’avais compris le principe, autant « Zélande », ça m’intriguait quand même.

Il faut bien l’avouer, Auckland nous a fait pas mal penser à Montréal, si ce n’est que les gens conduisent de l’autre côté. De grandes avenues quadrillées, le même mélange architectural de vieux bâtiments bas et de tours vitrées modernes, des coffee shops à tous les coins de rue. La ville est très étendue, mais le centre-ville est tout petit, organisé autour d’une rue principale, Queenstreet évidemment.

Durant les deux premières semaines, nous logions dans une auberge de jeunesse, le temps d’improviser la suite. Pour moi comme pour Steph, c’était la première expérience en hostal dans un pays ultra développé. C’est très étrange de se retrouver dans un lieu de luxe primaire. Les chambres sont relativement spacieuses et comprennent un lavabo, les draps sont compris ET propres, il y a de nombreuses cabines de douche à dispo, avec pression ET eau chaude! On aurait volontiers baissé nos standards pour faire quelques économies sur le logement,  mais il n’y a pas « moins ».

Le mois suivant, nous avons trouvé une colocation avec un couple d’écossais. Bizarrement, le fait que nous soyons tous européens et loin de chez nous ne nous a pas du tout rapproché. Ce que je sais de lui: il cuisine très bien (mais ne range rien). Elle apprécie les petits plats de son cher et tendre (mais ne range pas plus).

Quoi qu’il en soit, l’affaire était vite dans le sac. Un coup de fil, une visite, et nous voilà bien installés dans un grand appartement avec balcon et barbecue, presque idéalement situé: un peu loin des commerces, mais parfaitement centré pour aller se balader partout dans et autour d’Auckland.

Seulement voilà. Comme dirait Stéphane, on a tendance à s’engluer vite en ville. Plus on reste et plus c’est difficile de partir. Or rester à Auckland quand on a toute la Nouvelle-Zélande à découvrir, c’est comme être à Paris pour ne voir que la tour Eiffel! Impensable.

Lost in translation : One, two, three, four, five, sex

Lost in translation…

Quelqu’un m’a dit un jour que le meilleur moyen de reconnaître un kiwi est de lui demander de prononcer le chiffre 6:
– Sex?
– no, SIX.
– Yeah, sex.
– Ok, how many fingers am I holding up?
– Sex.
– Uh huh…ok. So how do you call it when two (or more) people copulate?
– Six.
– Riiiight…

Samedi soir. Steph travaille, et moi je n’ai pas envie de passer ma soirée en solo à l’appart’. Je passe au ciné, rien de croustillant à l’affiche. Je m’arrête dans un théâtre sur mon chemin.

– Hi, I’d like a ticket please.
– Sure, for which show?
– Well what do you have?
– We have the Vienna Boys Choir, or The Six Show.
– The Six Show?
– Yeah. It’s a comedy. Tickets are $20. Very popular here in New Zealand!
– How much is the choir?
– 102$.
– Ok, I’ll try The Six Show.

A ce stade, j’avoue que je suis perplexe. The Six Show? Mais qu’est-ce que c’est que ce titre? Une pièce avec six personnes? Un spectacle sur la symbolique du 6? La vendeuse me tend mon ticket. Au même moment, je découvre l’affiche:

Uh oh…Je scanne le public qui attend d’entrer dans la salle. Que des adultes (jusque là rien de surprenant, le show est interdit au moins de 18 ans). Cependant je ne fais pas de différence entre les gens qui attendent pour entendre chanter les petits viennois et ceux qui s’apprêtent à rire du coït simulé sur scène par pas moins de 19 acteurs à moitié nus.

Comme j’ai acheté ma place à la dernière minute, j’ai la chance de me retrouver au premier rang. A côté de moi, un couple d’australiens engage la conversation:

– Vous vous rendez compte de la chance qu’on a de se retrouver au premier rang?
– Pas bien non…mais il faut dire qu’il y a encore sex minutes je ne savais pas ce que j’allais voir.
– Ah vraiment?
– Non, j’avais compris le SIX show, comme le chiffre six.
– (éclats de rire) Excellent! Tu entends chéri? Tu n’auras qu’à répondre ça quand les enfants demanderont ce qu’on est allé voir.

Le résultat est effectivement hilarant. Avec un décor – et des costumes – limités, les acteurs interprètent différents personnages, déployant tout un éventail de profils, de fantasmes et de situations, le but étant fort heureusement toujours d’en rire.

Rien de tel qu’un petit extrait de l’interview du metteur en scène Joel Herbert pour mieux comprendre que je ne me suis PAS rendue à un spectacle porno:

[quote]Sexe. En tant qu’espèce, nous le pratiquons depuis un certain temps maintenant. Et pourtant, nous avons réussi à transformer le plus naturel des actes en une poudrière psychologique et politique. Nous avons accumulé en son nom les apparats et les tabous de la société moderne. Cette pièce traite de ces tabous avec humour. Ce spectacle est un instantané de la psyché sexuelle en Nouvelle Zélande aujourd’hui.[/quote]

Tout de suite, ça fait plus intello, non? Et ma foi oui, on peut appeler ça une expérience culturelle.